Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 20.djvu/308

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à des promenades à pied ou à cheval dans les rues inégales de la ville, — au milieu desquelles l’odorat est à chaque pas affecté par les émanations qui s’échappent d’horribles baquets découverts que des troupes de domestiques vont vider à la mer, — ou sur les collines arides et sablonneuses qui avoisinent la ville ; excursions qu’abrége bientôt le mur de la prison, la sombre et fatale barrière chinoise avec sa porte garnie de soldats à mine insultante. Je viens de parler des désagréables rencontres auxquelles on est exposé dans les rues de Macao ; j’aurais dû peut-être me rappeler que cette abominable coutume existe encore dans nos colonies des Antilles. Est-il permis de s’étonner que les idées de décence publique ne soient pas plus avancées en Chine que dans un établissement tout-à-fait européen ?

Pour compléter cet aperçu rapide de la situation de Macao, il me reste à dire quelques mots des missionnaires français qui y sont établis. Macao possède deux procures, celle des missions étrangères, à la tête de laquelle est M. Legrégeois, et la procure des pères lazaristes, que dirige M. Torrette. Ces deux établissemens sont comme le dépôt d’où partent tous les missionnaires qui vont, au péril de leur vie, porter la doctrine chrétienne en Chine, en Cochinchine, en Tartarie et jusque dans les déserts de la Corée. Chaque procure est en même temps un collège où des jeunes gens, envoyés par les missionnaires des divers pays que je viens de nommer, reçoivent une éducation classique. Au bout de quelques années, les élèves des procures entrent dans les ordres, et deviennent, pour la mission, de puissans auxiliaires. Lors de mon séjour à Macao, le nombre des jeunes gens élevés par les deux missions se montait à vingt environ. Quelques missionnaires parlent un peu le chinois ; mais cette langue est si difficile, que bien peu parviennent à en acquérir une connaissance approfondie. On ne saurait imaginer les difficultés sans nombre que présente aux missionnaires l’éducation des jeunes gens envoyés dans les procures ; l’impossibilité où se trouvent les maîtres de s’exprimer dans la langue de leurs élèves, semblerait même devoir rendre ces difficultés insurmontables. Les missionnaires commencent par leur enseigner le latin, qui est la langue de communication entre les maîtres et les élèves. Ces enfans chinois n’ont pas la moindre idée de notre alphabet, ils ne peuvent même prononcer quelques lettres, l'r par exemple, qu’après de longs mois d’essais. Comment les missionnaires parviennent-ils à leur but ? C’est ce que je ne puis comprendre ; une semblable tâche exige une dose de patience que je ne croyais pas donnée à l’homme. Mais quels obstacles peuvent arrêter cette ardente vocation qui entraîne des hommes, souvent distingués par l’éducation et les manières, à sacrifier leur vie pour la propagation de leur foi ? Sans vouloir apprécier la raison d’être d’une pareille abnégation, je ne puis m’empêcher de dire que c’est un beau et noble sentiment qui pousse les missionnaires à affronter gaiement la misère, les fatigues, les privations de toute espèce, la mort même, dans l’intérêt de leur religion. Ce serait méconnaître la vérité que d’expliquer ce zèle par la préoccupation des intérêts privés, le désir de la domination. Il ne faut qu’avoir observé de près la condition des missionnaires, il ne faut que savoir combien