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et ne pouvant plus compter sur ses troupes, le gouverneur ordonna d’armer les nègres esclaves et de les jeter sur la population du bazar. L’ordre se rétablit à l’instant. Tous les jours malheureusement, des scènes violentes, et qui prouvent le mépris des Chinois, pour les étrangers, viennent humilier l’amour-propre des autorités européennes.

J’ai dit que la ville de Macao est fortifiée. Il est bon d’ajouter qu’il est défendu aux Portugais d’ajouter un seul canon à ceux que le gouvernement chinois leur a permis de placer dans leurs forts. Les fortifications de Macao sont d’ailleurs fort peu inquiétantes pour ce gouvernement. Si le mandarin supérieur donnait l’ordre aux Chinois de Macao de quitter la ville, et à ceux de l’extérieur de ne plus y porter de vivres, il affamerait les habitans en trois jours. Il y a quelques années, il jugea que des sujets chinois ne pouvaient, sans déshonneur pour l’empire céleste, servir de porteurs de chaise à ces vils barbares, dont ils consentaient cependant à recevoir l’argent. Il rendit une ordonnance par laquelle il défendait à tout Chinois de faire ce métier, et, depuis ce temps, jamais aucun d’eux n’a placé son épaule sous le brancard de la chaise d’un étranger.

La nation chinoise est loin d’être une nation généreuse, elle ne se fait aucun scrupule d’abuser en détail de la force de sa position. Il serait donc naturel de croire que le gouvernement portugais doit retirer de bien grands avantages de son établissement de Macao. Il n’en est cependant pas ainsi. Non-seulement la colonie ne produit rien à la métropole, mais encore elle s’endette chaque année ; elle n’est pas même, comme l’Inde anglaise, une pépinière d’emplois lucratifs pour les jeunes gens de famille, puisqu’elle ne peut disposer que de deux ou trois places qui donnent à peine de quoi vivre à ceux qui les remplissent. Tout le commerce direct de la métropole avec la colonie consiste en un ou deux navires qui font annuellement le voyage d’Europe. Le commerce de Macao est, il est vrai, plus considérable ; trois ou quatre navires de ce port naviguent entre l’Inde anglaise et la Chine, et portent dans ce dernier pays du coton et de l’opium du Bengale ; les maisons portugaises qui font ce commerce sont établies à Canton. Aux époques de recrudescence de persécution contre le commerce de l’opium, la douane de Macao sert d’entrepôt aux envois que les négocians n’osent laisser exposés, dans les navires-magasins de Lintin, aux coups de main du gouvernement chinois. En définitive, l’établissement portugais de Macao est loin d’être dans un état de prospérité qui puisse exciter l’envie d’une autre nation ; mais il sert de pied-à-terre aux étrangers qui veulent visiter la seule partie accessible du céleste empire. Les négocians de Canton, fatigués d’être resserrés dans un espace de quelques mètres, viennent aussi, de temps en temps, respirer à Macao l’air libre qui circule dans les trois milles qui séparent l’extrémité de la péninsule de la barrière chinoise.

Six ou huit familles anglaises, dont les chefs résident ordinairement à Canton, et qui forment un cercle à part, fort exclusif et borné, une vingtaine de familles portugaises qui se divisent en deux ou trois fractions, séparées les unes des autres par une ligne de démarcation infranchissable, tels sont les seuls élémens de société qu’on rencontre à Macao. Les divertissemens publics se réduisent