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son dessein. Il sentait tout le prix pour la doctrine de cette connaissance des langues, de ce don de bien dire, de rétablir les choses incertaines, de détruire les choses douteuses, de dissiper les ambiguïtés, outre cette onction qui rendait la parole de Melanchthon si populaire. Il finit par déterminer Spalatin, qui y penchait déjà par ses opinions, et Melanchthon fut chargé du cours de théologie.

Toutefois on obtint moins son consentement qu’on ne le surprit. S’étant présenté pour le grade de bachelier biblique, il avait eu à faire, selon l’usage, une leçon de théologie. On l’y trouva excellent, et on le pria de remplacer Luther pendant son voyage à Worms. La surprise dura près de deux ans. Enfin Melanchthon, fatigué, demanda à Spalatin d’être délivré de cet enseignement et de revenir à la grammaire, aux lettres enfantines, comme il les appelle. Il s’y plaisait trop pour les sacrifier à la théologie, où d’ailleurs il ne s’avançait que jusqu’où son esprit juste et méthodique rencontrait l’ordre et la lumière. Il n’avait pas, il ne devait jamais avoir l’enthousiasme qui l’eût emporté, avec la plupart de ses amis, au-delà de cette limite. Dans ce temps-là, il était fort occupé de recherches sur le système monétaire de la Bible, et quand on compare ce qu’il écrit « du merveilleux plaisir qu’il a eu à examiner une matière si désespérée, » avec le témoignage grave et triste qu’il se rend d’avoir traité avec clarté certains points de la théologie nouvelle, on voit que, dans les choses d’érudition, il a l’ardeur et les illusions d’un homme qui marche en tête, et que, dans les lettres saintes, il ne fait que suivre avec hésitation et soumission. « Si l’on jugeait que l’académie en eût besoin, écrit-il à Spalatin, j’y accepterais même les fonctions de bouvier ; sinon, qu’on me rende à ma classe. Dans les matières de théologie, je suis l’âne portant les mystères. Il y a d’ailleurs tant de ces professeurs de théologie, que la jeunesse en reçoit plus de fatigue que d’instruction. »

Il semblerait, aux efforts qu’il fit pour échapper à ce fardeau, qu’il pressentît les déchiremens d’esprit qui l’attendaient dans les luttes de religion, et qu’il n’y voulût pas prendre de responsabilité publique. Mais Luther ne s’en opiniâtrait que plus à ce qu’il continuât de professer la théologie. Les chefs de parti sont les plus rudes de tous les maîtres. Non content d’écrire à Spalatin, il demanda directement à l’électeur des ordres qui triomphassent de ce qu’il appelait l’obstination de Melanchthon. « J’ai fait de vives instances, écrit-il à ce prince, auprès de Philippe, pour qu’au lieu du grec il enseigne l’Écriture sainte. Il est doué richement pour cet enseignement par une grace