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d’honneur qui conduisent à l’église la jeune fille sans tache ; elle s’en va toute seule avec celui qui l’a choisie pour femme.

Leur costume est tout à la fois simple et gracieux. Les hommes ont une veste ronde, bleue ou verte comme celle des Tyroliens, un gilet de laine avec des boutons brillans, une culotte et des souliers plats en peau de mouton. Quelques-uns portent de longs cheveux dont ils forment une natte qui tombe sur leurs épaules à la manière des jeunes filles de Berne. Les femmes portent un mantelet de tricot à manches courtes, qui leur serre étroitement la taille et monte jusqu’au col, un grand jupon flottant et un charmant petit bonnet en soie qui leur laisse le front découvert et s’aplatit au sommet de la tête. Autrefois elles avaient pour les grandes occasions, surtout pour les jours de fiançailles, des costumes d’or et d’argent comme ceux des islandaises. M. Giraud, qui nous accompagnait dans notre voyage, a dessiné une jeune fille avec cet ancien costume solennel, et, à la voir silencieuse et immobile sur sa chaise, avec ses cheveux relevés sur la tête et poudrés, sa robe de damas, ses manchettes de dentelle, on eût dit un portrait du temps de Louis XV. Mais tout ce luxe d’emprunt qui souriait à des imaginations naïves disparaît peu à peu, et maintenant la jeune fille ne croit pouvoir mieux se parer pour un jour de noces qu’en s’habillant comme une bourgeoise de Copenhague, qui copie, autant que faire se peut, la bourgeoise de Paris.

Les anciennes coutumes et les anciennes traditions tombent aussi çà et là en désuétude. Néanmoins, dans les îles du Nord, on voit encore de vieilles femmes qui prétendent retrouver, au moyen de certains sortilèges, les choses volées, et guérir les maladies, et des paysans qui, le soir, au coin du feu, répètent avec une parfaite bonne foi les contes du temps passé. Ils parlent des Huldefolk, esprits mystérieux qui habitent le flanc des montagnes, vivent de la même vie que les hommes, et possèdent de gros troupeaux qui passent invisibles à travers les pâturages. « J’ai connu, me disait un paysan de Thorshavn, une jeune fille qui était toujours poursuivie par les Huldefolk. Elle alla trouver le prêtre pour en obtenir quelque conseil, mais il ne put la secourir. Enfin elle se maria, et dès ce moment les Huldefolk cessèrent de la poursuivre. J’ai connu aussi un pêcheur qui a rencontré plusieurs fois ces habitans de la montagne ; moi, je le crois, ajouta-t-il naïvement, mais pourtant je ne les ai pas vus. » Il y a une autre espèce d’esprit qu’on appelle les Vattarre. Ce sont de jolis petits nains plus petits encore que ceux d’Allemagne ; ils demeurent sous les pierres qui avoisinent les maisons, et sont d’une nature si douce et si craintive, qu’ils ne peuvent souffrir aucune rumeur. Une querelle les effraie, un blasphème les fait fuir. Tant qu’ils vivent en bonne intelligence avec les habitans de la maison près de laquelle ils sont venus chercher un asile, ils leur portent bonheur, ils les guident, sans être vus, dans leurs courses, et les aident dans leurs travaux ; mais si le paysan qu’ils se plaisaient à secourir les offense, ils deviennent pour lui des ennemis implacables. Quelques personnes croient à la Mara, monstre hideux qui parfois surprend l’homme dans son sommeil, se pelotonne, s’accroupit sur sa poitrine