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respondance de lord Wellesley, récemment publiée en Angleterre, et qui forme un recueil du plus haut intérêt[1]. Shah-Zéman eut bientôt en effet trop d’occupations chez lui pour songer à inquiéter l’Inde anglaise[2]. Les prétentions rivales de ses frères (Mahmoud et Shoudjâ) trouvèrent de nouveaux et de plus actifs soutiens. Leurs intrigues et les imprudences du shah armèrent contre lui la tribu des Barekzaïs, dont l’influence l’avait porté au trône. Une conspiration fut découverte : le shah fit mettre à mort six des principaux chefs qui s’y trouvaient compromis, et parmi eux, le chef de cette puissante tribu, Sarferaze-Khan. Le fils de ce dernier, le célèbre Fatteh-Khan, avec tous les Barekzaïs, épousa immédiatement les intérêts de Shah-Mahmoud, cet autre fils de Timour, que la Perse, de concert avec l’Angleterre, avait pris sous sa protection.

Le royaume, après quelques mois de tranquillité, fut livré de nouveau aux horreurs de la guerre acharnée que se livraient depuis six ans ces malheureux frères. Dans le cours de cette campagne, Shah-Zéman, trahi par un des siens, fut livré à Mahmoud, qui lui fit arracher les yeux. Plus tard (en 1803), Mahmoud était à son tour détrôné par Shah-Shoudjâ, et Shah-Zéman délivré par le nouveau roi (son frère par la même mère), dont il devait suivre désormais la fortune et partager les humiliations et l’exil. Ainsi le gouvernement de la compagnie fut délivré d’un ennemi qu’il avait un instant redouté, mais dont il avait si activement contribué à amener la ruine. Réfugié d’abord dans le Pandjab, — où Randjît-Singh, le sachant sans ressources, lui avait accordé à regret un asile, et quand il eut expié par quinze années d’infortunes les alarmes que son ambition avait causées, le monarque aveugle et mendiant, depuis long-temps à

  1. Wellesley Dispatches, vol. V, pag. 82 et suiv.
  2. Il n’est pas sans intérêt de voir comment sir John Malcolm lui-même rend compte des résultats généraux de cette première mission, dans son Histoire politique de l’Inde : « Cette mission, dit-il, eut le succès le plus complet. L’envoyé anglais non-seulement réussit à décider le roi de Perse à attaquer de nouveau le Khorassan, ce qui eut pour effet d’obliger Zéman-Shah à abandonner ses desseins sur l’Inde, mais encore il détermina ce prince à conclure avec le gouvernement anglais des traités d’alliance et de commerce excluant complètement les Français de la Perse, et assurant aux Anglais tous les avantages qui pouvaient résulter de ces nouvelles relations. Il n’y a aucun doute, ajoute Malcolm, que si l’on eût cultivé cette alliance avec le même esprit de prévoyance et la même pénétration qui l’avaient commencée, l’influence du gouvernement anglais, dans cette partie de l’Orient, aurait été à l’abri de la plupart des dangers auxquels elle a été subséquemment exposée. » (Political History of India, 1826, vol. I, pag. 272.)