Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/632

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


du résultat de sa mission. Son rapport fut envoyé à Madrid. Néanmoins, comme le bruit du dessein des Français avait fort inquiété la cour d’Espagne, le nouveau vice-roi, comte de Monclova, qui arriva peu après, et qui avait des instructions expresses à ce sujet, résolut de vérifier à fond (c’est le terme de l’historien espagnol) si les Français avaient ou non fondé quelque colonie dans le golfe du Mexique, et réunit à cet effet les capitaines de la flotte pour adopter les mesures convenables. En conséquence, avant même de partir pour Mexico, il expédia de la Vera-Cruz deux brigantins chargés de relever toute la côte jusqu’aux monts Apalaches dans la Floride. Les brigantins ne furent pas plus heureux dans leur recherche que la frégate du pilote Barroso ; seulement les débris de bâtimens français qu’ils rencontrèrent çà et là pendant leur exploration, leur prouvèrent à la fois et la réalité du projet et le peu de succès qu’il paraissait avoir eu. En effet, l’établissement de la baie de San-Bernardo n’existait déjà plus. Lasalle avait été assassiné par les indignes compagnons de son entreprise, et ceux qui l’avaient suivi s’étaient dispersés pour la plupart. Mais ce n’était pas assez pour le comte de Monclova du résultat des recherches qu’il avait prescrites. Craignant toujours que les Français ne vinssent à s’introduire dans le Mexique par le nord-est, il fonda parmi les Indiens de la province de Coahuila, qui s’étaient récemment soumis, le fort ou presidio de Monclova, qui est aujourd’hui la capitale de l’état ou province de Coahuila, et qui lui était commune avec le Texas. La première colonie se composait de cent cinquante familles et comptait deux cent soixante hommes capables de porter les armes contre les Français.

Au reste, ce n’était pas sans raison que le vice-roi continuait à prendre ses précautions contre les projets hardis de la France. En 1688, il apprit, non sans étonnement, que trois Français, partis du Canada selon toute vraisemblance, pour la nouvelle colonie du golfe du Mexique, étaient arrivés à Santa-Fé, capitale du Nouveau Mexique. Le comte de Galve, son successeur, auquel il venait de remettre la vice-royauté, n’en fut pas moins étonné que lui-même, et ils résolurent tous les deux, pour savoir enfin à quoi s’en tenir, d’envoyer par terre, à l’endroit où l’on supposait que les Français avaient fondé la colonie, le gouverneur de Coahuila, avec un détachement de soldats, un géographe et un interprète. Cette fois, la recherche des Espagnols eut un résultat plus satisfaisant. Après avoir traversé de vastes solitudes, le chef de l’expédition atteignit la lagune de San-Bernardo, et y reconnut aisément, au milieu des