Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/633

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ruines d’un fort inachevé de construction récente, les cadavres de plusieurs Français percés de flèches ou tués à coups de massue. On demanda aux Indiens du voisinage quelques renseignemens sur ce qui s’était passé : ils répondirent qu’ils n’en savaient rien, mais que des étrangers, qui étaient restés parmi eux dans les environs, leur raconteraient toute l’histoire. Des Espagnols envoyés à la recherche trouvèrent effectivement chez les sauvages cinq Français, dont deux seulement se décidèrent à les suivre, et furent envoyés à Mexico d’où le vice-roi les fit passer en Espagne. D’après leur récit, ils auraient été attaqués à l’improviste par les Indiens, pendant qu’ils construisaient le fort dont les Espagnols avaient vu les ruines ; écrasée par le nombre, leur petite troupe aurait succombé tout entière, à l’exception de cinq hommes qui avaient sauvé leur vie par miracle, et l’entreprise n’avait pas eu d’autres suites.

Cependant le vice-roi de Mexico et la cour d’Espagne conclurent avec raison de tous ces faits que la France avait sérieusement songé à fonder quelque établissement sur la côte septentrionale du golfe du Mexique, et cherchèrent les moyens de prévenir le renouvellement de pareilles tentatives. Un fort ou presidio fut d’abord établi sur le point même où les Français avaient débarqué, dans la haie de Saint-Bernard. Puis, on s’est avancé de Cohahuila dans l’intérieur du Texas, en y envoyant à la fois des soldats et des missionnaires. Pensacola est fortifiée en 1696, et aussitôt après la paix d’Utrecht, les missions et les presidios du Texas se multiplient. Plusieurs fois abandonnés, ces établissemens ont toujours été relevés par l’Espagne dans le cours du siècle dernier, jusqu’en 1764, pour arrêter les incursions des Français de la Louisiane sur le territoire du Mexique. Mais la population y était faible et le commerce nul, quoique la beauté du climat, la fertilité du sol, la facilité des communications dans ces vastes plaines et le long de ces belles rivières fussent choses bien connues des Espagnols dès 1730. L’auteur d’une histoire manuscrite du nouveau royaume de Galice, composée en 1742, regrette que la salubrité du pays, dont la température, dit-il, ressemble à celle de l’Europe, l’aptitude évidente du sol pour un grand nombre de cultures précieuses, l’abondance des bois de construction, du gibier dans les plaines, du poisson dans les rivières, l’étendue des prairies qui auraient aisément nourri d’immenses troupeaux, que tant d’avantages si rares dans les âpres sierras du Mexique n’aient pas attiré au sein du Texas une population agricole. Il en était encore à peu près de même au commencement de ce