Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/9

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


VIE, CORRESPONDNACE


ET ECRITS


DE WASHINGTON.[1]




Le monde manque de grands hommes, et l’on dit qu’il n’en reverra pas. On condamne les sociétés modernes à ignorer ou à méconnaître ceux qui naîtraient dans leur sein ; on leur refuse jusqu’à la faculté d’en produire. Sur leur sol, le blé pousse encore, mais le chêne ne croîtra plus. On dit que c’est la faute de notre civilisation, et l’on s’en prend à ce qu’elle a de meilleur. Elle est, à ce qu’on assure, trop raisonnable, trop régulière en tout, trop formaliste en politique, pour donner carrière au génie de l’action. Ce respect jaloux de tous les droits, ce respect plus jaloux encore de tous les intérêts, les progrès continuels de l’esprit d’examen, l’amour inquiet de l’égalité, la publicité qui ne laisse rien dans l’ombre, le contrôle de l’opinion qui repousse l’illusion et discute la confiance, paraissent autant d’obstacles insurmontables à ce pouvoir presque absolu qu’affectent les grands hommes, et qui leur est nécessaire pour se faire appeler de

  1. Publiés d’après l’édition américaine, et précédés d’une Introduction sur l’influence et le caractère de Washington dans la révolution des États-Unis d’Amérique, par M. Guizot.