Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 22.djvu/121

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Charité a le front ceint d’un diadème ; pourquoi ? je n’en sais rien. L’enfant qu’elle tient sur ses genoux est de la taille d’un adolescent ; l’enfant qui se tient debout, à la droite de la Charité, touche du bout de la main gauche un des pieds de l’enfant malade que la Charité tient sur ses genoux ; c’est-à-dire que sur trois figures il y en a une complètement détachée des deux autres. La Sibérie est chargée d’une draperie disgracieuse, et entoure de son bras droit un enfant dont la forme est à peine ébauchée. La déesse des festins tient un vase dans sa main droite et appuie son bras gauche sur une lyre ; la tête de cette figure est grêle et inanimée. Terpsichore est assise comme une femme qui sort du bain et paraît vouloir s’envelopper. Le corps entier est nu et traité avec une sorte d’élégance vulgaire. Dans cette figure comme dans les trois autres, la longueur du torse et des membres est exagérée sans avantage. La poitrine et les cuisses sont modelées avec une évidente facilité, mais ne se recommandent ni par la pureté ni par la précision. Quant à la tête de Terpsichore, elle ne vaut ni plus ni moins que la tête de la Charité, de la Sibérie ou de la déesse des festins ; c’est un masque insignifiant, qui se trouve au bout de l’ébauchoir, sans que la pensée du statuaire ait besoin d’intervenir, une espèce de lieu commun dont les doigts se souviennent et qui échappe à la discussion. Incohérente sous le rapport poétique, l’œuvre de M. Bartolini n’a donc qu’un mérite très secondaire sous le rapport plastique. Est-ce à dire que nous devions révoquer en doute la légitimité de la renommée dont M. Bartolini jouit dans sa patrie ? A Dieu ne plaise que nous nous hâtions de prononcer ! les pièces nous manquent, et nous ne pouvons juger en pleine connaissance de cause la valeur absolue de M. Bartolini. Il a sans doute produit des œuvres très supérieures au monument que nous avons sous les yeux ; il est probable cependant qu’il se distingue plutôt par l’habileté de la main que par l’élévation de la pensée. Un statuaire habitué à la réflexion n’eût jamais songé à réunir autour d’un tombeau les quatre figures que nous venons d’analyser, ou si, par un caprice inexcusable, il se fût décidé à les réunir, il n’aurait pas négligé de les caractériser nettement et de donner à chacune de ces figures une expression individuelle. Si M. Bartolini n’a pas satisfait à cette dernière condition, c’est qu’il n’en a pas compris la nécessité, et cette faute suffit pour démontrer qu’il n’a pas droit au premier rang.

Le Christ expirant sur la croix, de M. Maindron, est, à notre avis, très supérieur à la Velléda du même auteur : le mouvement général