Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 22.djvu/123

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le côté poétique. Il consacre ses journées à lutter avec la nature vivante ; et il oublie de consulter les monumens de l’art antique. Il ramène la statuaire à son point de départ et contemple trop rarement les marbres grecs, qui lui enseigneraient l’art d’agrandir la réalité en l’interprétant. Toutefois, le Christ de M. Maindron doit être compté parmi les meilleurs ouvrages du salon de cette année. Il ne faut pas oublier, en effet, que le sujet traité par M. Maindron est tout simplement un des problèmes les plus difficiles que la statuaire puisse se proposer. Un Christ, pour ne rien laisser à désirer, doit offrir l’union de la science et de l’inspiration. Il ne faut pas seulement que la tête souffre, il faut qu’elle soit divine, c’est-à-dire qu’elle présente à l’œil du spectateur la plus haute expression de la résignation et de la grandeur. Si M. Maindron avait triomphé de toutes les difficultés que renferme une telle donnée, il serait dès aujourd’hui un artiste consommé ; l’art antique n’aurait plus de conseils à lui offrir. En jugeant le Christ de M. Maindron, n’oublions donc pas le nombre des difficultés qu’il avait à vaincre, et tenons-lui compte du savoir et de la patience qu’il a déployés. Jusqu’à présent, il ne paraît pas avoir compris toute l’importance de la beauté linéaire ; il a presque toujours subordonné la forme à l’expression, à l’accent ; son devoir est maintenant d’étudier sans relâche l’art de concilier l’énergie et la forme, l’expression et la beauté. Il devra se résigner à de nouvelles études ; mais il a donné trop de preuves de persévérance pour que nous désespérions de le voir bientôt toucher le but que nous lui désignons.

L’Oreste de M. Simart est sans contredit la meilleure statue du salon. Le mouvement général de la figure est plein de naturel et de vérité ; les muscles de la poitrine sont rendus avec une habileté qui ne laisse rien à désirer. Le dos et les membres, sans offrir la même richesse, la même élégance d’exécution, sont traités cependant avec une remarquable finesse. L’expression de la tête est bien celle qui convient au sujet, mais les yeux manquent de beauté, et les joues sont trop simples pour le front. Après avoir long-temps considéré la tête de cette figure, je me suis demandé pourquoi la chevelure d’Oreste paraît si pesante, et je crois que cela tient à ce qu’elle recouvre entièrement les oreilles. Je suis convaincu que si les oreilles étaient à moitié dégagées, les cheveux gagneraient beaucoup en légèreté, et que la tête entière deviendrait plus élégante. Élève de MM. Ingres et Pradier, M. Simart a dignement profité de leurs leçons. La figure