Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 22.djvu/25

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les juges de paix et les grands jurys à faire publiquement tous les actes de leurs fonctions, qui transportent au gouvernement central le choix et le contrôle de plusieurs agens salariés, qui créent enfin trois administrations centrales, l’une pour les travaux publics, l’autre pour l’instruction primaire, la troisième pour les pauvres. Telle est surtout la loi du 20 mai 1836 qui enlève à l’aristocratie la disposition de la gendarmerie, et qui la place exclusivement entre les mains du vice-roi. Mais de ces mesures partielles à une mesure générale et radicale la différence est grande, et pourtant sans une mesure générale et radicale, il n’y aura rien de fait.

Je n’examine pas si, pour opérer cette réforme, il faudrait, ainsi que le pense M. de Beaumont, supprimer la vice-royauté. J’incline pourtant à penser le contraire. Dans le système qui tend à assimiler en tout l’Irlande à l’Angleterre, rien sans doute ne serait plus logique et plus utile que cette suppression. Cependant, si l’on veut briser une unité factice, et gouverner l’Irlande d’après d’autres principes et d’autres règles, peut-être la vice-royauté est-elle nécessaire, ne fût-ce que pour marquer bien nettement la séparation administrative des deux pays. C’est, au reste, un point secondaire, et sur lequel il est difficile de se former d’avance une opinion. Je passe donc à la question religieuse, la plus grave de toutes celles que traite M. de Beaumont.

Il faut d’abord reconnaître les utiles et sages réformes qui, depuis dix ans, ont modifié en Irlande la situation de l’église anglicane. Ainsi le nombre des évêques a été réduit, et leur revenu diminué ; on a enlevé aux protestans le droit exorbitant de taxer les catholiques pour la réparation de leur église ; les dîmes enfin, de transformation en transformation, sont devenues une rente foncière payable par le propriétaire, et que l’état perçoit pour la rendre ensuite au clergé. Ce sont là des améliorations réelles, et que l’Irlande a bien accueillies. Comment se fait-il donc que ces améliorations, en définitive, n’aient produit aucun effet durable, et que l’église anglicane rencontre aujourd’hui les mêmes antipathies qu’il y a dix ans ? C’est que le mal était bien moins dans les abus de cette église que dans son établissement. Voyez, en effet, quelle singulière anomalie : sur huit millions à peu près d’habitans, il y a six millions et demi de catholiques, et six cent mille dissidens. La population anglicane n’arrive donc pas à un million sur huit. Néanmoins, tandis que les catholiques et les dissidens font eux-mêmes les frais de leur culte et paient leur clergé, l’église anglicane vit et prospère aux dépens de tous, de sorte que sur huit personnes qui contribuent à son