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entretien, il en est sept à qui elle est étrangère, si ce n’est ennemie. Que les dissidens, protestans comme les anglicans, et aisés pour la plupart, acceptent une telle loi sans trop se plaindre, cela se comprend. Mais qu’on se mette à la place des pauvres catholiques, et qu’on dise s’il n’y a pas là pour eux un sujet inépuisable de mécontentement et de colère. A la vérité on se met, pour les apaiser, en frais des raisonnemens les plus savans et les plus ingénieux. On leur prouve, de par Ricardo, que ce qu’ils paient sous forme de dîme, ils le paieraient, si la dîme était supprimée, sous forme de fermage. Puis on leur présente le tableau séduisant du bien que ne peuvent manquer de leur faire deux mille gentlemen éclairés, aisés, et qui veulent bien résider au milieu d’eux. Malheureusement ces deux mille gentlemen passent leur vie à les maudire, et il ne faut pas un grand effort d’esprit pour comprendre que sans faire cadeau aux propriétaires du produit de la dîme, il serait aisé de l’employer en Irlande utilement pour le pays tout entier. En dépit des explications et des commentaires, le fait reste donc dans toute sa simplicité. Or, le fait, c’est que, malgré sa profonde misère, le pauvre catholique a deux prêtres à payer : le sien, au moyen d’une contribution volontaire ; celui d’un culte qu’il abhorre, au moyen de l’impôt ; l’un pour le secourir et le consoler dans ses souffrances, l’autre pour le mépriser et pour le persécuter.

Si de l’ensemble on descend aux détails, c’est bien autre chose encore. On a souvent cité l’exemple d’une certaine paroisse où il n’y avait que trois protestans : le ministre, le sacristain et le sonneur. Cet exemple est loin d’être unique, et M. de Beaumont, d’après la grande enquête, cite 42 bénéfices et 198 paroisses qui sont ou qui étaient alors précisément dans le même cas. Il existe même un diocèse, le diocèse d’Emly, qui, sur 96,000 habitans, compte 1200 anglicans seulement. Pour ces 1200 anglicans, il y a 15 églises, 17 bénéfices et 31 ministres salariés. Le nombre total des ministres de l’église anglicane est de 2,435, qui touchent ensemble un revenu de 22 à 25 millions. Sur cette somme, 8 millions sont absorbés par le haut clergé. Ajoutez que toutes ces richesses appartenaient jadis à l’église catholique, qui, dans les guerres religieuses, en a été violemment dépouillée au profit de sa rivale.

Il n’est donc point vrai que les réformes opérées depuis dix ans aient fait droit aux griefs légitimes de l’Irlande, et que l’égalité religieuse existe désormais en ce pays. En Angleterre, j’en conviens, elle n’existe pas davantage ; mais, en Angleterre, l’église dominante est