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croix des ordres de Charles III, d’Isabelle-la-Catholique, de Saint-Ferdinand et de Sainte-Hermenégilde d’Espagne, grand’croix de la Légion-d’Honneur de France, de l’ordre de la Tour et du Glaive de Portugal, et dit-on aussi de l’ordre du Bain, d’Angleterre [1], naquit en 1792 à Granatula, petit bourg non loin de la ville d’Almagro, dans la province de la Manche. Son père, Antoine Espartero, était charron, d’autres disent charretier. Le jeune Baldomero, le dernier d’une famille nombreuse, fut destiné de bonne heure à l’état ecclésiastique. Son frère aîné, Manuel Espartero, qui était alors simple religieux franciscain dans un couvent de Ciudal-Real, et qui est mort en 1839 à Madrid, chapelain honoraire de la reine et chanoine de Saint-Isidore, le prit auprès de lui, dès qu’il commença à grandir, pour soulager leurs parens et lui faire faire ses études.

Peu de temps après, en 1808, les Français envahirent l’Espagne. Espartero avait alors seize ans ; il prit part à l’élan général de la nation, et s’enrôla comme simple soldat dans un bataillon presque entièrement composé d’étudians ou séminaristes, et qu’on appelait pour ce motif le Sacré, el Sagrado. Rien n’est plus commun en Espagne que ce brusque passage de la vie ecclésiastique à la vie militaire. L’église et l’armée ont cela de commun, qu’elles attirent également les jeunes gens pauvres qui cherchent fortune. Dans un pays sans industrie et dont toutes les terres sont immobilisées entre les mains des familles nobles et des corporations religieuses, il n’y a d’autre moyen de faire son chemin que de devenir homme de loi, prêtre ou soldat. Aussi les affinités sont-elles très étroites entre ces trois professions, surtout entre les deux dernières, qui flattent également l’imagination nationale. Au premier signal de guerre, cette population jeune et ardente des universités, qui ne cherchait dans l’étude de la théologie que le moyen d’avoir de quoi vivre, jette là le froc et court aux armes. Tout estudiante, sachant nécessairement lire et écrire, a les plus grandes chances de devenir sous-officier, officier même, et en voilà plus qu’il n’en faut pour détourner bien des vocations religieuses.

La plupart des volontaires des bataillons sacrés furent successivement envoyés avec différens grades dans les régimens. Grace à la protection d’une vieille marquise andalouse, chez laquelle son frère

  1. Il paraît certain que le gouvernement anglais venait de donner l’ordre du Bain à Espartero lorsque les évènemens de Barcelone ont éclaté ; craignant d’être accusé de connivence dans ces évènemens, lord Palmerston a suspendu l’envoi des insignes.