Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/543

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Valence présentait au cabinet cet avantage, que la reine devait y rencontrer d’abord un corps d’armée sous les ordres du général O’Donnell, dont la loyauté était éprouvée ; du côté de l’Aragon, c’était parmi les divisions commandées par Espartero lui-même que la reine arrivait directement. Chacune des deux opinions fut soutenue de part et d’autre avec obstination. La prise de Morella survint, qui décida la question. Espartero fit valoir en faveur de son avis cet évènement si heureux pour la cause de la reine Isabelle. La régente ne crut pas pouvoir se refuser à se rendre par le plus court chemin au milieu de l’armée qui venait d’abattre ce dernier rempart de la faction, et le passage par l’Aragon fut résolu. Si l’autre parti avait été pris, le dénouement aurait pu être changé.

Les reines partirent, comme on sait, accompagnées de trois ministres, M. Perez de Castro, président du conseil ; M. le comte de Cléonard, ministre de la guerre, et M. Sotelo, ministre de la marine ; la régente avait choisi ce dernier à cause de la vieille amitié qui l’unissait au duc de la Victoire. Les exaltés avaient tout préparé d’avance sur le chemin pour que la réception faite à LL. MM. fût significative. Ce fut à Sarragosse que la régente dut voir pour la première fois ses illusions s’évanouir. La municipalité lui adressa une harangue insolente ; une population grossière la poursuivit partout des cris de vive la constitution ! vive la duchesse de la Victoire ! a bas la loi sur les ayuntamientos ! Il n’était plus temps de reculer ; elle poursuivit son chemin et arriva à Lérida, où l’attendait Espartero.

Les ministres allèrent les premiers rendre visite au généralissime. Le ministre de la marine, M. Sotelo, fut chargé, comme son ami, de le voir d’abord ; M. Sotelo revint très inquiet de cette entrevue et très peu satisfait du langage qu’il avait entendu. Après le ministre de la marine vint le ministre de la guerre, M. le comte de Cléonard ; mais ni lui ni le duc ne touchèrent un mot de politique. Enfin il n’y eut pas jusqu’au vieux président du conseil qui ne crût devoir, malgré son âge, faire le premier pas auprès du puissant Espartero. Celui-ci était déjà devant la porte de son habitation, entouré de son état-major et prêt à partir pour se rendre chez la reine, quand M. Perez de Castro se présenta. Il ne prit pas la peine de rebrousser chemin pour recevoir le président du conseil ; s’excusant sur la nécessité où il était de se rendre chez sa majesté, il se mit à marcher à grands pas dans la rue. M. Perez de Castra le suivit comme il put, le félicitant sur ses victoires, et disant que les ministres de la couronne avaient