Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/551

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dans sa propre armée. Quelques-uns de ses généraux se séparent de lui et expriment leur mécontentement. Le parti de la reine, un moment abattu, se relève. De leur côté, les exaltés ne veulent pas s’en tenir là, et songent à pousser plus loin leur victoire. De nouvelles crises se préparent. Le danger est grand pour la reine, pour l’ordre pour la société tout entière ; mais il est grand aussi pour Espartero. Il sera intéressant de voir comment il tiendra tête aux tempêtes qu’il aura soulevées.

Disons pourtant, car il faut tout dire, qu’il y a encore une possibilité de rapprochement entre la reine et Espartero. Comblée des faveurs de sa souveraine, la duchesse de la Victoire a toujours été du parti de la reine contre l’état-major ; c’est à elle, mais à elle seule, que peut revenir l’honneur de réconcilier le généralissime avec la mère d’Isabelle. On raconte que, lors de la lettre de Linage, les exaltés ayant voulu lui faire donner une sérénade à Madrid, elle fit venir les musiciens et leur dit qu’ils se trompaient sans doute, que Mme Linage demeurait un peu plus loin, et qu’elle les engageait à se rendre sous ses fenêtres. Pendant le voyage de la reine à Barcelone, elle accompagnait leurs majestés ; un soir, au théâtre, elle fut si confuse d’entendre son nom retentir plus haut que celui de la reine dans les vivats de la foule, qu’elle s’évanouit. Dernièrement enfin, c’est à sa prière qu’Espartero s’est décidé à mettre la ville de Barcelone en état de siège et à sévir contre les perturbateurs. Elle était absente du quartier-général quand Linage a conquis son influence sur l’esprit du généralissime ; elle sera toujours maintenant auprès de son mari, et l’exemple a prouvé qu’Espartero donne souvent raison à qui lui parle le dernier.