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exclue du protectorat. Ce ne sont pas les écrits qui frappent les esprits en Orient ; ce sont les faits. L’influence russe y a reçu le même échec que la nôtre.

L’avenir éclairera plus d’un mystère. Ce qu’on appelle la force des choses élaborera plus d’un grand résultat. Nous n’aimons pas le rôle de prophète ; mais qui pourrait ne pas voir que l’alliance ango-française, que cette politique de conservation et de paix a reçu des mains de lord Palmerston un coup funeste, peut-être irréparable. Les formules de politesse auxquelles des gouvernemens qui ne sont pas en état de guerre sont toujours tenus, sont de faibles liens, lorsque les intérêts commencent à diverger et que le sentiment national se trouve froissé.

En cet état de choses, et c’est là la seconde question toute gouvernementale et pratique qui se présente aux délibérations de la chambre, que faut-il faire ? Faut-il désarmer ? Faut-il maintenir ou compléter un grand pied de paix armée, c’est-à-dire une flotte formidable et 500 mille hommes de troupes de terre ? Faut-il porter les armemens plus loin ? C’est là au fond ce qui distingue le 1er mars du 29 octobre.

Le 29 octobre livrerait-il même l’Égypte ? Laisserait-il le canon anglais ravager Alexandrie ? Sans poser d’autres questions plus graves encore, empressons-nous d’ajouter que nous ne le pensons pas. Il a déclaré à plus d’une reprise qu’il accepte dans ce sens la note du 8 octobre, que cette note ne réservait que l’Égypte, mais qu’elle réservait formellement l’Égypte. A cet égard, aucun doute n’est permis. Nous aimerions mieux être un jour accusés de niaiserie qu’aujourd’hui de calomnie.

Le cabinet actuel croit à la paix. C’est là une appréciation politique que nous ne voulons pas discuter ici ; et comme il entend sans doute parler d’une paix digne, honorable, tout homme sensé doit désirer que ses prévisions se réalisent. Mais nous persistons à croire qu’un des moyens de les réaliser, c’est de demander hautement au pays l’appui de sa force et de son énergie. Pourquoi le cas de guerre relativement à l’Égypte ne serait-il pas de nouveau et nettement exprimé ? Et pourquoi cette flotte qu’on reproche à M. Thiers d’avoir rappelée, n’irait-elle pas de nouveau déployer nos couleurs nationales dans l’Orient ?

C’est donc sur l’avenir et non sur le présent que les deux politiques, celle du 1er mars et celle du 29 octobre, peuvent se séparer, l’une penchant vers les prévisions de guerre, l’autre vers les prévisions de paix. Voilà ce qui reste de ce grand débat, pour tous ceux qui voudront dégager le fonds de la question de tout ce malheureux alliage de divagations et de personnalités. Toute la divergence se résume dans la question de l’armement. Désarmer, nul ne le veut. Reste la question de savoir si on maintiendra au complet les armemens ordonnancés et en grande partie exécutés par le 1er mars, ou si on mettra notre armée sur le pied de guerre en l’augmentant de cent cinquante mille hommes de ligne et de trois cent mille gardes nationaux mobilisés.

Le ministère, qui prévoit la paix et travaille à son maintien, se mettrait, nous le reconnaissons, en contradiction avec lui-même s’il demandait l’armement