Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 25.djvu/142

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à la chambre élective l’influence prépondérante qu’elle tient de la révolution de 1830. Mais, outre ce but, il y en avait deux autres. A la politique extérieure prudente, mais ferme et active, des premières années, avait succédé une politique que M. Guizot qualifiait d’inerte et de timide, que M. Villemain flétrissait par la dénomination devenue classique d’abaissement continu, que M. Duchâtel signalait comme la cause principale, sinon unique, de son accession à la coalition. D’un autre côté, à l’intérieur, le gouvernement, par les oscillations involontaires ou calculées de sa conduite et de son langage, avait achevé de décomposer les vieux partis et de détruire les classifications établies. Il s’agissait donc à la fois de rendre à la France le rang qui lui appartient dans le monde et de constituer sur de nouvelles bases une majorité assez large pour que toutes les fractions de l’opinion constitutionnelle fussent appelées à y prendre place, assez unie et assez ferme pour qu’en haut ou en bas aucune volonté extérieure ne pût la dominer. L’œuvre sans doute était difficile. Le lendemain des élections, elle paraissait pourtant accomplie, quand de funestes rivalités détruisirent en un jour le travail d’une année. Né de la lassitude générale et d’une émeute, le ministère du 12 mai vint alors offrir une sorte de trêve et donner à tout le monde le temps de se reconnaître. Mais le 12 mai, on lui doit cette justice, n’oublia pas qu’il sortait de la coalition. Il s’efforça, dans sa politique extérieure, de secouer les traditions de ses prédécesseurs et de faire prendre à la France une attitude digne d’elle. Il travailla, dans sa politique intérieure, à rapprocher les opinions modérées et à former ainsi entre les exagérations démocratiques et monarchiques un vaste juste-milieu. Souvent ses forces trahirent ses intentions, mais ses intentions furent toujours excellentes.

Quand le 1er mars prit le pouvoir, il venait donc, non pas changer radicalement la politique de ses prédécesseurs, mais essayer si dans d’autres conditions, et avec des appuis nouveaux, il ne réussirait pas mieux dans la même entreprise. Ainsi le ministère du 1er mars ne se donnait pas pour un ministère de gauche ou de centre, mais pour un ministère de transaction. Ainsi encore il ne prétendait pas déchirer les traités de 1815 et changer la carte de l’Europe, mais relever la France de la situation qu’on lui avait faite, et rendre à sa voix quelque puissance dans les conseils européens. Tel était, tout le monde s’en souvient, le programme du 1er mars. Voyons s’il est resté fidèle à ce programme, ou si, comme on l’en accuse, il s’en est écarté.