Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 25.djvu/149

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on condamnera l’absurde politique qui tend à les diminuer en frappant d’une exclusion systématique une des portions notables de l’opinion constitutionnelle. Le parti conservateur craint avec raison l’opinion radicale ou républicaine, et par une incroyable aberration il travaille à lui rendre des alliés qu’elle avait presque perdus. Ce n’est point ainsi que le 1er mars avait compris sa mission, et M. Garnier Pagès sait ce qu’il dit quand il annonce que la gauche modérée, si cela dépend de lui, restera long-temps dans l’opposition.

Il faut dire la vérité : ce ne sont là que des prétextes, et le grand grief du parti conservateur contre le 1er mars, c’est que, tout en le blâmant quelquefois, les deux journaux principaux de la gauche constitutionnelle, le Courrier Français et le Siècle, l’ont habituellement soutenu. « Le ministère du 1er mars, entend-on encore répéter tous les jours, a été perdu par ses journaux ; » et comme cette phrase est simple et facile à retenir, elle passe, aux yeux de bien des gens, pour un argument final et sans réplique. Le ministère du 1er mars a été perdu par ses journaux, cela veut dire pour celui-ci : « Quand je sollicitais les faveurs du 1er mars, j’avais bien l’intention de lui rester fidèle, mais je ne prévoyais pas alors que le Courrier français m’affranchirait de toute reconnaissance en ménageant M. Thiers. » Pour celui—là : « J’étais tout prêt à lutter bravement contre la coalition étrangère, mais j’ai dû, pour ne pas me trouver dans les mêmes rangs que le Siècle, réprimer mon courage. » Le ministère du 1er mars a été perdu par ses journaux, cela répond à tout et dispense de tout autre raisonnement.

Examinons pourtant ce grief et voyons ce qu’il vaut. Chaque opinion, on le sait, doit avoir ses organes dans la presse comme à la chambre. Quand à la chambre le centre gauche et la gauche constitutionnelle appuient un cabinet, il est donc parfaitement naturel, parfaitement légitime que le centre gauche et la gauche constitutionnelle l’appuient également dans la presse. Est-ce à dire qu’une administration quelconque puisse et doive jamais répondre de tout ce que publient les journaux qui la défendent librement ? Qu’on voie où cela conduirait. Assurément, entre le ministère du 29 octobre et les journaux conservateurs, il y a aujourd’hui des rapports bien plus intimes, des liens bien plus solides qu’entre le ministère du 1er mars et les journaux de la gauche constitutionnelle. Est-ce donc le ministère du 29 octobre qui répète chaque jour, depuis deux mois, que le cabinet précédent est le plus funeste et le plus coupable qui jamais ait pesé sur le pays ? Est-ce le ministère du 29 octobre qui, accusant