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à échapper aux croisières anglaises et au blocus miguéliste, et se fit échouer sur la côte de Terceire, dont la garnison, au moment du danger, se trouva ainsi renforcer de quelques soldats et surtout d’un chef. Ce secours était urgent, car, peu de temps après, une escadre miguéliste parut devant l’île, et tenta, le 29 juillet 1829, une descente à Villa da Praya. Elle fut repoussée avec vigueur ; huit cents hommes, abandonnés par les leurs sur le rivage, contraints de déposer les armes, grossirent ensuite le nombre des soldats constitutionnels ; les miguélistes ne tentèrent plus de débarquement, et bientôt après ils renoncèrent au blocus. L’année suivante, le duc de Terceire se lança dans une série d’entreprises aventureuses ; avec un seul brick et des barques non pontées, sans munitions, presque sans vivres, il s’empara successivement des îles de Saint-George, du Pic et de Fayal. Puis, grandissant ses espérances avec ses succès, il se hasarda à quarante-cinq lieues en mer, là où le moindre bâtiment de guerre ennemi aurait pu le détruire, et attaqua l’île de Saint-Michel. La garnison, double en nombre, fut vaincue après un combat opiniâtre, et cette île riche et populeuse accueillit avec joie les troupes constitutionnelles.

Pendant que la cause de doña Maria gagnait des provinces, les évènemens du Brésil lui rendaient son chef naturel.

Don Pedro arriva en Europe en 1831. Au mois de février 1832, il partit du port de Belle-Isle pour les Acores, et alla se placer à la tête des troupes de la reine sa fille. Les victoires du duc de Terceire en avaient accru le nombre, qui s’élevait à six mille cinq cents hommes ; mais peut-être n’eût-on pu se procurer les ressources nécessaires pour équiper cette armée, la transporter en Portugal, et former une flotte, sans l’active industrie et le hardi dévouement de M. Mendizabal. Le duc de Terceire, M. Gucreiro et M. de Palmella qui avaient dirigé si habilement les affaires de l’émigration en qualité de régens, déposèrent leur pouvoir entre les mains de l’empereur. Le brave amiral Sartorius commanda la flotte, et M. de Terceire l’armée de terre. Celle-ci s’accrut de deux bataillons, l’un anglais, sous les ordres du colonel Hodges, l’autre français, à la tête duquel fut bientôt placé M. de saint-Léger ; et un jour du mois de juin, au lever du soleil, par un temps calme, quelques minutes avant de s’embarquer, la petite armée, l’empereur à sa tête, entendit une messe basse, célébrée sur un autel de bois qui s’élevait au milieu d’un champ. Les bâtimens de guerre et les transports pavoisés étaient en vue, couvrant la rade de Ponta del Gada, et complétaient l’imposante simplicité du spectacle. Ce fut avec un étau passionné que ces soldats, après quatre années d’exil et d’infortunes, supplièrent le Tout-Puissant de leur rendre leur patrie, leurs familles, et le remercièrent d’avoir mis entre leurs mains la possibilité de mourir du moins sur la terre natale. L’espérance était grande, comme la tache qu’il fallait entreprendre ; elle était vaste comme la mer qui séparait du but.

Depuis 1828, de nouvelles insurrections militaires avaient troublé le gouvernement de don Miguel. Celle de 1831 ne fut étouffée à Lisbonne que par