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durée du nouveau régime. Mais à la confusion de la déroute avait succédé celle de la victoire. Le gouvernement constitutionnel ne vivait que de nom, et les libéraux n’avaient pas encore appliqué leurs théories. Comment vont-ils gouverner la nation interdite ? Comment échapperont-ils à l’oppression de l’alliance anglaise, au danger du voisinage de l’Espagne, à leurs propres divisions, aux difficultés financière ? Comment pourront-ils surmonter les maux matériels dont la nécessité des temps accable le Portugal ? Après la chute de don Miguel, toutes ces questions restaient pendantes. L’avenir du Portugal était gros de dangers. Bien que la nature de l’esprit de don Pedro le rendît peu propre à fonder un nouveau pouvoir, le poids de sa personne semblait contenir les difficultés qu’ils suscitait à plaisir. Destructif par ses actes, ce prince dominait par son nom. S’il eût vécu, les causes de troubles eussent été aggravées, et les désordres ne se seraient pas manifestés aussitôt, parce que l’on savait que la volonté du prince était de soutenir ses ministres. Les gouvernemens sont si fréquemment renversés dans la Péninsule, non pas tant parce qu’ils sont mauvais que parce qu’on croit facile de les détruire.

Doña Maria avait seize ans à la mort de son père. Les cortès crurent néanmoins devoir déclarer la majorité de la reine, qui n’eût été atteinte, d’après la charte, qu’à sa dix-huitième année. Ce fut un acte de grande sagesse, non-seulement à cause des généreuses qualités de cette princesse, développées par le malheur, mais parce qu’ainsi on évitait de créer de nouveaux foyers d’intrigues. Doña Maria s’empressa de faire reposer toute sa confiance sur le duc de Palmella. L’âge de la jeune souveraine, la position du premier ministre et ses grands services semblèrent lui donner, sur la direction des affaires, une influence qui excita l’envie sans assurer solidement son autorité. Il crut devoir s’associer MM. Freire et Carvalho. Ce dernier, ministre des finances sous don Pedro, dans un temps de bouleversemens de fortunes, où les intérêts de chacun étaient mêlés et confondus avec ceux du trésor, était un homme considérable par le grand nombre d’employés qui étaient ses créatures ; l’importance de ses fonctions se reflétait sur sa personne. M. Freire était un orateur habile et insinuant, un homme fécond en ressources d’intrigues. Mais, quels que fussent les avantages personnels de ces anciens conseillers de don Pedro, peut-être eût-il mieux valu élargir la base du pouvoir, et se hasarder à prendre son point d’appui sur la portion plus animée et plus inquiète du parti libéral. C’eût été le seul moyen de se fortifier contre les attaques inévitables que devaient bientôt amener la pénurie du trésor et l’arrogance avide de l’Angleterre. M. de Palmella et ses amis, tout en apportant un grand appui au gouvernement, ne suppléaient pas à la force dont le privait la mort de don Pedro, et ne désarmaient aucun adversaire. La position de tout ministre portugais à l’égard de l’Angleterre est vraiment intolérable ; placé entre un sentiment national impérieux et des nécessités invincibles, il est toujours accusé par l’opposition d’abandonner les intérêts de son pays pour ceux d’un insatiable allié. La question des droits de douanes et la prolongation des traités fournirent des armes nationales aux ennemis du ministère, car rien n’est