Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/214

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secondaire. Les différences théoriques des lois fondamentales sont sans portée dans la pratique. Avec la constitution, comme avec charte, on peut commettre les mêmes fautes, aliéner le peuple et ruiner le pays, tout gît dans la conduite : cette qui sera suivie décidera de l’avenir des institutions. Sous le régime absolu.comme sous le régime libéral, toujours on sent le besoin du concours actif de la nation ; tant qu’elle restera désintéressée dans la question, tout gouvernement honnête et raisonnable sera impossible. Il faut, avant tout, réveiller l’ame engourdie du peuple, s’incorporer à lui, le faire vivre et marcher. On n’y parviendra qu’en l’associant à son gouvernement ; pour cela, que celui-ci lui soit sympathique, qu’il se plie à ses instincts et respecte une multitude de goûts, de préjugés, de fantaisies souvent indifférens à la liberté véritable. C’est l’unique moyen de conduire le peuple sans efforts, et d’assurer pour l’avenir ses institutions ; à ce but, à ce grand intérêt de prévoyance et de durée, que les amis du progrès sacrifient toutes les vanités de leurs opinions. Réchauffer le vieil orgueil national, inspirer la confiance, l’espérance, la passion publique, la noble tâche ! Appuyez-vous sur le passé pour vous élancer vers l’avenir en relevant leur fierté, vous moraliserez à la fois la nation et les individus, vous formerez les mœurs publiques, et elles réagiront sur la vie privée ; vous posséderez enfin un gouvernement qui sera excité par une impulsion et maintenu par une résistance, et vous aurez un peuple, des hommes, un pouvoir et de la liberté. Les sociétés humaines semblent avoir une vie particulière qui leur est propre ; il faut craindre de la leur arracher, et vous ne régénérerez jamais la nation portugaise en la traitant comme un troupeau d’enfans trouvés. Les hommes ont besoin d’un passé, les Français eux-mêmes, quoi qu’ils en disent ; ils en ont un, la philosophie et la révolution ; ils se sont faits avec cela une histoire si pleine et si vive, qu’ils ont pu oublier celle de plusieurs siècles. Tant d’idées, de luttes, de triomphes, de malheurs, ont formé un ensemble si immense et si terrible, que les adorateurs même des temps anciens en ont l’imagination toute remplie.

Mais en Portugal aucune grandeur moderne n’est venue combattre les vieux souvenirs. On cherche vainement, on ne trouve rien qui puisse occuper et charmer les esprits, les captiver par des souvenirs glorieux ou tragiques. Serait-ce l’invasion des Français, vainqueurs sans combat ? Serait-ce la guerre de la Péninsule sous des commandans anglais ? Seraient-ce un despotisme ignorant et imprévoyant, dix ; révolutions infructueuses et cent émeutes avortées ? Quelle autre trace peuvent laisser ces obscurs et cruels évènemens, qu’un profond abattement et une amère tristesse ? Si vous tentez de régénérer ou de grandir la nation, détournez les yeux de ce pénible spectacle, elle-même vous y invite. Les Portugais étaient des pasteurs nomades, et tout aussitôt ils devinrent de nobles coureurs d’aventures. On n’a pas même attendu qu’ils fussent fixés au sol pour inonder d’institutions faites pour des sociétés industrieuses et mercantiles un peuple chez lequel des générations successives ont obéi sans effort à cette prescription de don Joao de Castro, qui, par esprit de chevalerie, ordonna, dans la constitution de son majorat de Panhaverde., de