Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/220

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En attendant que l’une de ces opérations désirables s’exécute, il est intéressant de savoir ce que les anciens avaient fait pour cette même communication dont ils ont de bonne heure senti l’importance. Qu’ils aient, à diverses époques, entrepris de l’exécuter, personne ne le nie ; car les témoignages de leurs historiens suffiraient pour l’établir, quand les vestiges de leur entreprise ne seraient pas encore là pour l’attester. Mais quel a été le résultat de leurs efforts ? Ici les opinions se partagent. Les uns doutent qu’une communication régulière, au moyen d’un canal navigable, ait existé avant les Arabes ; d’autres nient formellement que le canal qu’on a creusé à diverses époques ait pu jamais être autre chose qu’un canal d’irrigation.

Ce sont, à mon avis, des, erreurs qui tiennent à ce qu’on a mal apprécié plusieurs textes anciens où l’on a trouvé des contradictions faciles à concilier, et à ce qu’on a négligé ou méconnu quelques faits qui jettent beaucoup de jour sur cette question historique. Je pense que l’examen auquel je vais me livrer l’éclaircira suffisamment.

L’isthme qui sépare les deux mers n’a pas plus de 120,000 mètres de largeur, entre Suez et le rivage, au nord de Faramah, près de l’ancienne Péluse ; comme les eaux du golfe remontent encore à environ 5,000 mètres dans leurs laisses moyennes, il en résulte que le minimum de distance entre les deux points extrêmes est de 117 à 118,000 mètres, ou environ vingt-six de nos anciennes lieues de 25 au degré.

Le sol de l’isthme est peu élevé au-dessus des mers qui le bordent ; souvent ce n’est qu’une plaine rase où les couches solides du terrain se dessinent à peine sous les sables par de légères ondulation ; il se distingue du reste de l’Égypte par l’absence de toute verdure, d’habitations et d’eaux vives.

Cet espace d’environ vingt-six de nos lieues peut se diviser en trois parties différentes ; la première est un bourrelet sablonneux qui sépare le fond du golfe du bassin que les anciens appelaient les lacs amers ; la seconde est formée par ce bassin, vaste dépression, dont la profondeur n’est pas moins de 25 à 30 mètres, dont le fond est par conséquent beaucoup au-dessous du niveau des deux mers ; la troisième partie est une plaine sablonneuse qui part de l’extrémité supérieure de ce bassin, maintenant à sec ; cette plaine, à pente continue, malgré quelques bas-fonds et quelques lagunes, aboutit à la Méditerranée.