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emparent, en enlèvent sans retour cette magnifique colonie aux Portugais.

Les profits des compagnies anglaises et hollandaises engagées dans ces spéculations d’outre-mer étaient énormes dans les commencemens, malgré les erreurs multipliées qui durent signaler les premiers voyages et les dépenses considérables qu’entraînaient les armemens destinés à protéger ces expéditions ; car les états européens n’avaient pas encore à cette époque une marine militaire pour défendre leur marine marchande. Dans les douze premiers voyages, les profits des compagnies anglaises s’élevèrent de 95 à 320 pour 100. Les Hollandais, plus avancés alors que les Anglais dans l’art de la navigation, durent faire un gain encore plus considérable. Diverses causes qu’il serait trop long d’énumérer amenèrent une diminution dans les bénéfices des compagnies anglaises, en les réduisant successivement à un taux très minime, et qui bientôt ne suffit plus pour couvrir les frais d’armement. Dans les trois derniers siècles, le principal commerce de l’archipel d’Asie resta aux mains des Hollandais ; eux seuls y conservèrent de grands établissemens, tandis que les Anglais se virent réduits à n’y posséder que de petits comptoirs. C’est donc chez les premiers qu’il est intéressant de suivre les phases de ce commerce et d’en étudier les ressources.

Les registres officiels de la compagnie des Indes hollandaises constatent que, depuis 1603, époque qui date presque de l’origine de la compagnie, jusqu’en 1693, les revenus tirés des colonies s’élevèrent successivement de 60 à 120 millions de francs par année, sans compter les bénéfices doubles et triples que ces revenus produisaient par le commerce d’Europe. Depuis 1697, ce chiffre commença à décroître annuellement ; en 1730, la compagnie était en déficit ; enfin, en 1770, son passif s’élevait à 233 millions de francs.

Dans son ouvrage sur le Monde maritime, M. Le baron Walckenaër a indiqué les causes qui amenèrent cet état de décadence et de ruine. Le tableau tracé par le secrétaire de l’Académie des Inscriptions est d’autant plus curieux, que l’on y voit tout ce que la possession de l’archipel d’Asie valait aux Hollandais en dehors des revenus officiels.

« Batavia dit-il, reçut, dans l’enfoncement de sa baie, des vaisseaux de toutes les parties du monde. Les richesses de l’Asie s’y accumulèrent ; le luxe et la corruption qu’il amène y firent de rapides progrès. Le gouverneur ne sortit plus qu’accompagné d’une suite nombreuse et entouré d’une magnificence égale à celle des plus