Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/292

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Là ne manque jamais ni la rosée au ciel,
Ni le lait aux troupeaux, ni dans les bois le miel ;
Sons cesse en ces beaux lieux tiédis par les zéphyres,
Les prés ont des parfums et les yeux des sourires.
C’est là, qu’aux pieds du chêne ou des platanes verts,
Nous avons de vieux toits par la mousse couverts,
Des puits sous les palmiers plantés par nos ancêtres.
Le pampre et le laurier embrassent nos fenêtres ;
Dans nos sillons, si peu que les creuse l’airain
Nous cueillons chaque été dix épis pour un grain.
Là, comme en nos jardins et nos cieux pleins de flammes,
C’est toujours le printemps dans le cœur de nos femmes,
Et les douces saisons remplissent chaque jour
Nos corbeilles de fruits et nos ames d’amour.
S’il est un homme heureux, il vit sur ces rivages ;
Et nous, sans qu’une larme ait baigné nos visages,
Nous avons fui ; ces biens nous sont presque odieux
Quelque chose de plus nous est dû par les dieux.
Le fruit mystérieux dont l’espoir nous altère,
Ne mûrit pas peut-être au soleil de la terre ;
S’il naissait sous un flot, sur un roc élevé,
Partout où l’homme atteint, oh ! nous l’aurions trouvé,
Nous avons fouillé tout, laissant partout nos traces
Aux sables d’Idumée, aux bois sombres des Thraces ;
Notre bouche a pressé les fruits mûrs du Iotos,
Et bu la neige vierge au sommet de l’Athos.
Les peuples nous ont dit : « Frappez au sanctuaire. »
Nous avons de cent dieux levé les vieux suaires ;
Nous avons ouï les voix de cent autels divers ;
Les caveaux de Memphis pour nous se sont ouverts ;
De Delphe et d’Erythrée, au fond des noirs asiles,
Nous avons sans effroi vu chanter les sibylles ;
Notre oreille attentive a pu saisir le nom
Que Phoebus fait redire au magique Memnon
A Thèbes des vieux sphinx interrogeant la face,
Nous y lûmes des mots que le simoun efface ;
Les chênes de Dodone ont parle devant nous,
Et dans Persépolis, humblement à genoux,
Nous avons vu briller, sans percer nos nuages,
Le foyer éternel qu’alimentent les mages.