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Plongé trois fois leurs corps en invoquant Cérès ;
Tous avaient bu la veille aux amphores prescrites,
Et muni de flambeaux leurs mains de néophytes.
Ils étaient différens d’âges et de pays,
Mais un désir pareil les avait réunis,
Et tels que des oiseaux qui des bouts d’une plaine
Viennent s’abreuver tous à la même fontaine,
Pour y remplir leurs cœurs, de sagesse altérés,
Aux sources d’Eleusis ils s’étaient rencontrés.

Comme un écho veillant sous le fronton antique,
Une voix leur jeté la formule mystique ;
Alors s’ouvrit le temple immense et ténébreux ;
Son souffle glacial fit dresser leurs cheveux,
Et sur le seuil, vêtu d’une pourpre flottante,
Le rameau d’or en main, parut l’hiérophante.


L’HIEROPHANTE


Pourquoi vos pas hardis troublent-ils les saints lieux ?
Hommes, dans leur repos laissez dormir les dieux !
Quel orgueil, ô mortels que la glèbe réclame,
Fait tomber de vos mains la charrue et la rame ?
Du joug des vils besoins sous qui tout front blanchit,
Du servage commun, quel droit vous affranchit ?
Tandis que vous perdez les jours en vœux superbes,
Vos champs au lieu d’épis ont de mauvaises herbes ;
Nul n’amasse pour vous les fruits et les toisons :
Vous trouverez la faim rôdant vers vos maisons.
Cette terre en est-elle à ses moissons suprêmes ?
Manque-t-elle à vos socs et l’onde à vos trirèmes ?
Avez-vous donc tari tous les puits des déserts,
Et jusqu’aux pics neigeux labouré l’univers ?
Vos soleils sont-ils morts, fait-il froid dans vos ames ?
N’avez-vous nulle part des enfans et des femmes ?
Le monde offre à vos mains mille biens superflus :
Prenez l’or ou l’amour ; que vous faut-il de plus ?


LE CHOEUR


Les dieux nous ont fait naître en d’heureuses contrées,
Riches d’astres, de fleurs, de sources azurées.