Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/303

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A ce titre, le XVIe siècle a surtout droit d’intéresser. Jamais, en effet, dans les temps modernes, sans en excepter 89, les passions irrésistibles qui font les révolutions ne se sont produites avec plus de violence et d’énergie. C’est la guerre civile et la guerre religieuse la guerre de la plume et de l’épée, l’avènement tumultueux des idées modernes, la résistance désespérée d’une société qui va finir. Dans les croyances, fanatisme furieux, scepticisme exagéré ; dans les mœurs, licence inouie ; l’église prêche le meurtre et tue ; les huguenots, qui prêchent la tolérance, déterrent, à défaut d’autres victimes, les morts catholiques pour les brûler. On insulte le pape, mais on respecte le diable. On nie le dogme, mais on croit aux sorciers. Le sujet est varié, l’historien peut choisir.

M. Labitte, en étudiant à fond l’un des côtés de cette grande époque, a rendu un véritable service aux saines études historiques, et son travail a mis en lumière une masse de faits peu connus et souvent mal appréciés. L’Histoire de la Prédication pendant la ligue n’est point une monographie restreinte ; c’est, pour ainsi dire, l’histoire des institutions de la sainte union. En effet, les prédicateurs, dans ces jours de troubles, jouent le rôle le plus actif ; le forum leur appartient. Ils intriguent dans les conseils, reçoivent le mot d’ordre de Rome ou de Madrid, sonnent le tocsin de paroisse en paroisse, et tirent au besoin des coups d’arquebuse par les créneaux des clochers. « Tout mon mal vient de la chaire, » écrivait Henri IV, et Mme de Montpensier disait avec raison : « J’ai fait par la bouche de mes prédicateurs plus qu’ils ne font tous ensemble avec leurs armées. » Les historiens ont souvent parlé de leurs violences. Cependant personne jusqu’ici, n’avait abordé dans les détails l’étude de leur vie et de leurs sermons les historiens spéciaux de la chaire eux-mêmes, Bail et Romain Joly leur ont à peine consacré quelques lignes, et tout restait à faire. Mais la tâche était rude, car il y avait dans les recherches matérielles seules de quoi lasser la patience d’un moderne bénédictin. M. Labitte n’a point reculé, et nous le félicitons de son courage, car, à l’aide de ces sermons qui donnent souvent à la curiosité la moins exigeante à peine une phrase par volume, il a fait un livre d’un intérêt élevé et soutenu, et qui par le choix des textes, la justesse des analyses et la sûreté des appréciations, suffit à faire juger définitivement le rôle du clergé français dans les affaires de la sainte union, rôle triste quand il n’est pas odieux.

Avant d’arriver au sujet même de son livre, et étudier, dans les chaires de Paris et de la province, l’influence des prédicateurs sur la politique et les affaires publiques au temps de la ligue, M. Labitte parcourt rapidement l’histoire de l’enseignement parénétique, pour y trouver, dans les temps antérieurs, les antécédens de doctrines manifestées au XVIe siècle. Il remonte jusqu’aux origines. Les apôtres de la Gaule se tiennent dans les hautes sphères de la morale et du dogme, ils annoncent comme saint Paul le Dieu inconnu ; ils combattent l’esclavage et rachètent les captif ; ils prêchent la charité et fondent des hospices, ou partagent, comme saint Ma rtin, leur manteau avec les pauvres qui sont nus ; ils luttent contre l’hérésie, mais ils commandent