Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/307

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ordre fut donné aux curés de dresser le recensement de tous les hommes en état de porter les armes, afin de renverser le roi et de l’enfermer dans un couvent. Nous voilà, dès l’abord, revenus au temps de Chilpéric. Les passions remuantes et basses d’un clergé corrompu répondirent à cet isolement appel du saint-siége. Maurice Poncet, curé de Saint-Pierre-des-Arcis, commença l’attaque. Henri III, dans sa retraite aux feuillans, s’était mêlé de prêcher, et on l’avait vu paraître à la tête d’une procession, vêtu d’un sac et les reins serrés d’une ceinture garnie de têtes de mort. Dans d’autres circonstances, Poncet eût vanté ces mystiques folles comme une marque d’humilité royale. Il n’y vit cette fois qu’un acte d’hypocrisie, et du haut de la chaire de Notre-Dame il conseilla au roi de ne point porter la discipline à sa ceinture, mais sur ses épaules, et de s’en étriller, attendu qu’il l’avait bien gagné. Poncet avait raison sans doute, mais fallait-il attendre, pour blâmer, un ordre du Vatican ? Henri III, qui n’osait ni pardonner ni punir, fit conduire le prédicateur dans une abbaye de Melun, sans autre mal que la peur qu’il eut en y allant d’être jeté à la Seine. Les attaques continuèrent et n’en devinrent que plus vives. Le mardi du carnaval de 1583, Henri III avait couru sous le masque, avec ses mignons, les rues de Paris. Rose, son prédicateur ordinaire, qui depuis dix ans tolérait, sans jamais dire un mot, des scandales plus grands encore, s’émut tout à coup d’une pieuse colère, et tonna dans sa chaire contre le monarque. Bientôt moines, bacheliers en théorie, maître es-arts crottés, furent appelés à la croisade. On convoqua le ban et l’arrière-ban des couvens et des sacristies. Les prédicateurs Roucher, Prévost, Launnay, Pelletier, Guincestre, Rose, Hamilton, tous les marmitons et les soupiers de la Sorbonne, comme dit l’Etoile, organisèrent le comité des archi-ligueurs, s’emparèrent des chaires, et des paroles passèrent bientôt aux actes. Ces tribuns en surplis et en camail endossent la cuirasse et baptisent en pleine église le pot de fer sur la tête. A la journée des barricades, ils marchent au premier rang, avec quatre cents moines et huit cents écoliers. Ils tirent des coups d’arquebuse, chantent des psaumes, et font sonner la charge en criant : Allons prendre frère Henri de Valois dans son Louvre. Le meurtre des Guise vint compliquer la situation ; les précicateurs firent jurer au peuple qu’il verserait jusqu’à la dernière goutte de son sang pour venger les princes ; les Parisiens, étourdis par ces déclamations violentes, eurent bientôt le feu à la tête et le fer aux mains, et plus de cent mille personnes rangées en procession et tenant des cierges parcoururent les rues en criant : Dieu éteigne la race des Valois !

Les révolutions se ressemblent toutes ; qu’elles s’accomplissent au nom des passions et des intérêts, ou au nom de la liberté et de la justice. Quand le flot s’est une fois soulevé, il arrive toujours une heure fatale, où l’écume seule surnage, où l’idée morale disparaît, où la modération devient le seul crime. Cette heure était venue pour la ligue. L’enseignement religieux avait complètement disparu de la chaire. On ne prêchait plus l’Evangile, parce qu’il était trop connu et que chacun le savait ; et, comme le disait un magistrat du XVIe siècle, cette distance qui sépare le cœur de l’honnête homme du cou-