Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/332

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traires au texte et à l’esprit de la loi fondamentale. En même temps il indiquait avec la plus grande modération dans quelle mesure devait s’exercer l’autorité commune, afin de pousser jusqu’au scrupule le ménagement pour la souveraineté cantonale. Puis, montrant quels seraient les torts d’Argovie si ce canton répondait aux invitations bienveillantes de la diète par une résistance que rien ne saurait justifier, il prouvait que le devoir de la diète était d’assurer le maintien du pacte fédéral ; tout en laissant un vague salutaire sur les mesures qu’il serait sans doute nécessaire de prendre à cet effet, et qu’il était difficile d’indiquer d’avance sans blesser la susceptibilité de l’état qui en serait l’objet.

A cet avis de la majorité étaient joints, selon l’usage suivi en Suisse, les avis de deux minorités. La première minorité, qui se composait d’une seule voix celle de M. Bloesch, député de Berne, déclarait que ses instructions ne lui permettaient pas d’adhérer à l’opinion de la majorité, et se bornait à proposer à la diète un vote d’ajournement en exprimant le vœu que l’affaire se terminât sans l’intervention de l’autorité fédérale. C’était là l’opinion la plus favorable à Argovie. L’avis de la seconde minorité, qui ne se composait également que d’une voix, celle de M. Durey, député de Vaud, était encore une proposition de transaction. Selon M. Druey, la diète devait inviter le gouvernement d’Argovie à revoir ses décrets de manière à concilier les vœux des populations des deux communions, tant dans ce canton que dans les autres états de la confédération, mais sans poser en principe que le pacte avait été violé, sans annoncer que la diète interviendrait, si Argovie ne se rendait pas à son vœu, et en exprimant l’espoir que le gouvernement d’Argovie aviserait de son plein gré et dans sa sagesse à concilier les droits de l’état avec la liberté des communions. M. Druey proposait en outre d’admettre comme possible la suppression des couvens de Muri et de Wettingen, dont l’action patente ou occulte présentait réellement, disait-il, des dangers pour l’état.

Les discussions recommencèrent dans le sein de la diète sur les propositions de la commission. Argovie renouvela avec une extrême énergie ses protestations contre toute intervention de l’autorité fédérale dans ses affaires intérieures ; le député de ce canton alla même jusqu’à repousser l’avis de M. Bloesch, comme admettant la possibilité ultérieure de mesures coercitives. De son côté, le président du vorort, M. Neuhaus, reproduisit avec chaleur ses argumens en faveur d’Argovie. Tous ces efforts ne purent empêcher