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qu’une majorité se déclarât dans la diète en faveur de la première proposition de la commission. Il est vrai que cette majorité ne fut que de 13 voix, celles de Zurich, Uri, Schwytz, Underwald, Zug, Fribourg, Valais, Saint-Gall, Neuchâtel, Glaris, Schaffouse, Grisons, et les deux demi-voix de Bâle ville et d’Appenzell intérieur. Lucerne, Soleure, Genève, Vaud, Bâle campagne et Appenzell extérieur s’abstinrent. Argovie, Thurgovie, Tessin et Berne émirent un vote négatif. On voit que ces quatre derniers cantons pouvaient seuls être considérés comme partisans de la suppression des couvent ; tout le reste des cantons était réellement opposé à cette mesure, mais quelques-uns d’entre eux conservaient encore des scrupules sur les moyens à prendre pour les rétablir.

Voilà donc les décrets des 13 et 20 janvier déclarés par la diète incompatibles avec l’art. 12 du pacte fédéral de 1815. Pour qui connaît l’organisation intérieure de la Suisse, l’état de ses idées et de ses mœurs, c’est une grande victoire pour la cause de l’ordre.

La même majorité se déclara, dans la séance suivante, en faveur des art. 2, 3, 4 et 5 de la majorité de la commission, et l’ensemble du projet fut transformé, le 2 avril, en décret de la diète fédérale. Dans la séance du 5 avril, Argovie fit insérer au protocole une protestation contre ce décret ; la diète n’en tint nul compte, et déclara, dans la même séance, qu’elle ne se dissoudrait pas, mais qu’elle s’ajournerait seulement, pour être en état de faire face aux évènemens, si des circonstances nouvelles nécessitaient sa réunion avant la convocation de la diète ordinaire. Une discussion orageuse s’engagea à l’occasion d’une réclamation de Zurich, sur la manière dont l’état de Berne était intervenu militairement en Argovie, et en général sur l’ensemble de la conduite tenue par le vorort dans cette affaire. M. Neuhaus, très vivement attaqué, notamment par Uri, se défendit avec non moins de vivacité ; mais la grande majorité des députés donnèrent de nouvelles preuves de leur amour pour la concorde et la bonne harmonie, en s’appliquant à étouffer la querelle et à ajourner la question soulevée par Zurich. Enfin, le 6 avril, l’assemblée se sépara.

Ainsi s’est passée cette diète extraordinaire de 1841, qui fera époque dans l’histoire politique de la Suisse. L’esprit des diètes justement mémorables de 1831 et 1832, un moment éclipsé, a reparu cette année. Il faut espérer, pour la prospérité intérieure de la Suisse, que cet esprit de modération et de sagesse ira en se fortifiant de jour en jour. On a vu combien d’hésitations et de ménagemens ont précédé et accompagné la décision qui a été prise. Ces hésitations ser-