Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/406

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Le parti orangiste, le parti agricole, le parti de la haute église, sont pourtant trois fractions importantes du parti conservateur. Si tel est déjà leur langage, que doit-on attendre quand, par sa conduite et ses discours, sir Robert Peel premier ministre les aura mécontentés ? Cette situation, au reste, se traduisait il y a peu de jours dans un dialogue assez curieux entre le Standard et le Times. « Si sir Robert Peel a 70 voix de majorité, disait le Standard, il pourra gouverner d’après les purs principes des conservateurs. S’il n’en avait que 20 ou 30, il devrait, plut que de céder le pouvoir à l’ennemi, faire des concessions, comme en 1829. — C’est là, répondait le Times, une politique indigne, et que tout bon conservateur doit repousser avec dégoût. Ce qui a perdu le parti tory en 1830, c’est précisément l’adoption d’une politique analogue en 1829. Si sir Robert Peel était capable d’une telle bassesse, la majorité, fût-elle de 300, se disperserait comme du sable. »

Je suppose cependant que l’expérience et l’habileté de sir Robert Peel parviennent à étouffer les germes de division qui existent dans son parti. Je suppose que les orangistes et lord Roden, les agriculteurs et le duc de Buckingham, la haute église et sir Robert Inglis, retenus par la nécessité, lui prêtent assistance et main forte. Je suppose que de sa majorité pas une unité ne se détache, et qu’elle présente toujours aux attaques de l’ennemi un bataillon compact et discipliné. Dans ce cas même, le gouvernement conservateur va, ce me semble, dès le début, se heurter contre une difficulté presque insoluble. Que fera-t-il en lrlande ?

L’état de l’Irlande est connu, et l’on sait combien elle a encore droit de se plaindre. D’une part, une misère effroyable et qui s’accroît chaque jour avec la population ; de l’autre, des institutions qui, malgré les réformes qu’elles ont subies, portent encore la trace de leur origine, et sacrifient presque partout le grand nombre au petit ; enfin, et par-dessus tout, une église établie pour une aristocratie de sept à huit cent mille ames, et entretenue aux dépens d’une démocratie de six à sept millions qu’elle injurie et qu’elle maudit, voilà la situation de l’Irlande dans sa plus simple expression. Depuis six à sept ans néanmoins, la démocratie irlandaise est paisible et presque satisfaite. Elle n’a pas obtenu pleine justice ; mais, pour la première fois, le gouvernement compatit à ses douleurs, consulte ses vœux, s’occupe de ses besoins. Pour la première fois, le gouvernement prend parti pour les faibles contre les forts, pour les opprimés contre les oppresseurs, pour le peuple contre ses tyrans religieux et politiques. Etonnée d’un changement si complet, la démocratie irlandaise