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en est reconnaissante, et, de peur d’ébranler ceux qui la protègent, supporte pour un moment ses souffrances avec résignation et fait taire ses justes griefs.

Mais les tories, personne ne l’ignore ont à l’égard de l’Irlande un tort plus grave encore que celui de lui refuser les réformes qu’elle désire, la justice qu’elle attend. Fidèles à la vieille tradition anglaise, et pour ranimer le zèle de leurs partisans, ils ne manquent pas une occasion de l’insulter dans ses croyances et dans sa nationalité. Pour les tories anglais, l’Irlande est toujours une terre sauvage et maudite, sa religion une idolâtrie vile, abjecte et superstitieuse, son peuple une sale et factieuse canaille, son clergé une bande diabolique de coquins en surplis. Et qu’on ne croie pas que ce langage grossier soit celui de quelques enfans du parti ! Il y a des membres du parlement qui parlent ainsi. Beaucoup même, qui s’expriment avec plus de convenance, ont au fond du cœur les mêmes sentimens et les laissent percer. Pour ne citer qu’un exemple, n’est-ce pas un des membres les plus justement considérés du parti tory, lord Wharncliffe, qui comme président de la société protestante, ordonnait l’an dernier un jeune public en expiation d’une place donnée à M. Shiel ? Il y a quelques mois, je causais de l’Irlande avec un membre tory de la chambre des communes, homme distingué et modéré. « Tout cela est spécieux, finit-il par me dire ; mais vous oubliez une chose, c’est que l’Irlande est un pays conquis. » L’Irlande est un pays conquis ! Voilà le véritable mot des tories, celui qui explique à la fois leur mépris pour l’Irlande, et la haine de l’Irlande pour eux.

Maintenant que va-t-il se passer le jour où l’on apprendra que les tories, les implacables tories, sont revenus au pouvoir ? On peut en juger par ce qui se passe aujourd’hui. Ici un des candidats orangistes élus à Dublin, M. Grogan, qui, dans un discours furieux, déclare publiquement que l’Irlande se dessèche et dépérit sous l’influence funeste du papisme, et qu’il est temps de déraciner le mal ; là, M. P’Connell qui invite le peuple de Carlow à séparer les moutons noirs (black sheep) du reste du troupeau, c’est-à-dire à frapper d’une sorte d’excommunication les catholiques qui voteraient pour le colonel Bren. « Ne leur faites pas de mal, s’écrie-t-il ; surtout ne les empêchez pas de venir à l’église : qui plus qu’eux a besoin de demander à Dieu le pardon de ses péchés ? Mais que personne ne les visite et ne leur parle. Qu’à l’église même on leur assigne des bancs à part, et qu’ils sachent bien que d’honnêtes gens ne peuvent avoir commerce avec eux ! » Puis, d’un côté, l’adresse de la société conserva-