Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/415

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pense que, quel ne soit le succès, cela vaudra toujours mieux pour sa dignité d’homme, pour son devoir de chrétien, que d’avoir usé ses loisirs à combiner des chances électorales, d’avoir débité de froides harangues sur les rentes ou les fonds secrets, ou même d’avoir boxé à la tribune pour gagner un portefeuille… Il obéit d’ailleurs à un sentiment impérieux, à une voix secrète et continue qui l’a poussé à l’œuvre et l’y a tenu attaché à travers une longue suite de soins et d’affaires dont sa vie de province s’est trouvée accidentellement accablée… Son livre est la manifestation positive d’une pensée génératrice, d’une pensée vitale, qu’il a senti se fortifier et s’étendre depuis qu’il a retiré son ame des dissipations tumultueuses des sens… Il pense avec amertume à ces belles années de sa vie perdues misérablement dans un foyer de théâtre pour obtenir à ses tragédies ou la faveur de Talma, ou celle plus capricieuse du public ; et cependant un dégoût incessant, insurmontable, l’avertissait de toute cette prodigalité de temps et de soins, et venait se glisser jusque dans ses succès comme le ver dans le fruit… En 1830, durant la tempête qui avait englouti un berceau et fait surgir un trône comme un volcan, l’auteur jeta dans la librairie parisienne une œuvre d’art ; c’était Césaire, qui eut son succès intime, son destin tout spécial… Puis est venu Flavien, œuvre de philosophie autant que d’imagination, le roman de cette histoire (de l’histoire expliquée)… Qu’adviendra-t-il de la Philosophie catholique ? L’auteur l’ignore. « Qu’un roman, comme les libraires le commandent, aille, quand il a fait son temps, expirer doucereux dans le cabinet de lecture c’est son destin ; il a eu son millier de lecteurs auxquels il arrive hebdomadairement comme un journal : vives sympathies, émotions, langueurs allemandes ou russes, larmes de sous-officiers et de couturières. Il a fait près d’eux sa semaine ; sa tâche est finie, et voilà tout ; c’est bien…. » Mais le livre de l’auteur est un livre de philosophie, un livre sage, longuement et mûrement pensé, qui va s’enfermer avec résignation, pour n’en sortir qu’en de rares occasions, dans quelques bibliothèques… Cependant l’écrivain se propose un grand but ; il veut appuyer, fortifier l’enseignement de l’église, car tout son système repose sur le dogme catholique. Il s’adresse au clergé français, il l’engage à ne pas s’alarmer du concours que veulent lui prêter des chrétiens demeurés dans le monde où le Christ a vécu : il lui demande de soutenir ces chrétiens et de les reconnaître pour auxiliaires, ne fût-ce que pour les empêcher d’aller grossir les rangs ennemis… L’auteur termine en expliquant pourquoi le nous est employé constamment dans son livre, et pourquoi il