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chaque automne. C’est une épopée de cinquante vers, en rapport avec la modestie du héros. Dans le petit volume des poésies de M. Guiraud, il a quelques autres pièces qui ne sont pas non plus sans charmes. Nous avons remarqué de jolies stances sur l’aumône entre autres celles-ci :

Donnons, mais sans éclat, et même avec mystère ;
Là-haut veille, mes sœurs, un témoin précieux.
Donnons ; ce qu’on répand d’aumônes sur la terre
S’amasse en trésor dans les cieux.


C’est un travers qui n’est que trop commun de nos jours de négliger le genre et la mesure de talent qui vous ont été départis, afin d’aspirer à des succès, à des travaux pour lesquels on n’a point été fait. Voilà un auteur qui a su réussir en laissant échapper de petits vers de sa veine, mais il n’a pas eu de repos qu’il n’en ait fabriqué de grands et de pompeux. Nous étions d’autant plus affligé de ce contresens, que les tragédies de M. Guiraud nous donnaient à trembler pour ses romans. En voyant cette nature élégiaque se gonfler vainement pour devenir tragique, que ne devions-nous pas appréhender pour Césaire et Flavien, où l’auteur a touché à toutes les questions religieuses et philosophiques qui préoccupent notre siècle !

Césaire est un roman chrétien. M. Guiraud a l’air de penser dans sa préface qu’il a inventé le roman chrétien ; il se trompe. A toutes les époques de notre littérature, il y a toujours eu des esprits plus fervens qu’éclairés qui ont voulu donner à des prédications religieuses une forme romanesque. Pour n’en citer ici qu’un exemple, il y avait dans le XVIIe siècle un sieur de Gomberville qui, après avoir écrit un roman profane en cinq volumes, sous le titre de Polexandre, où il avait entassé toute sorte d’aventures, se mit à composer des romans chrétiens. A ce propos, Tallemand des Réaux dit assez lestement que Gomberville se laissé donner un coup de pied de crucifix. « Vous ne ferez plus de romans, disait un jour Courbé à Gomberville (c’est encore Tallemand des Réaux qui parle). – Que sais-tu, mon ami, lui répondit-il, si je n’en ferai point de spirituels qui vaudront mieux que les autres » Gomberville publia donc le premier volume d’un roman intitulé la Jeune Alcidiane, et voici ce qu’en raconte l’auteur des Historiettes : « C’est un roman de janséniste, car les héros, à tout bout de champ, y font des sermons et des prières chrétiennes. Cydane en un endroit détourne son fils d’aimer une femme mariée,