Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/424

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il disputa une femme, à travers les ténèbres, aux embrassemens d’un jeune téméraire qu’il immola ? Le téméraire était le propre frère de Flavien, la femme qui tomba dans les bras de son libérateur était Faustine ! Cette confidence, loin de ramener Flavien à Faustine, le remplit d’horreur et de remords. Il résigne ses fonctions de préfet du prétoire, il quitte Rome, et se met à parcourir la Campanie, où il retrouve Néodémie, mais dans quel endroit, grand Dieu ! au milieu du cirque de Naples, au moment d’être dévorée par un lion de Numidie. Ne nous hâtons pas trop de trembler, car il suffit à Néodémie d’un regard et d’une prière pour désarmer le beau lion, œuvre de Dieu comme nous. Alors, au milieu de l’attendrissement général (le peuple romain était si sensible !), Flavien prend Néoidémie dans ses bras, et la transporte sur un vaisseau qui faisait voile pour Alexandrie. Il semblerait que désormais nos amans, nos époux, sont hors de danger ; malheureusement il leur prend fantaisie d’assiter aux jeux du cirque, et ils y sont rencontrés par Faustine, qui les avait suivis en Afrique. Faustine signale à la fureur du peuple la jeune chrétienne. Pour la seconde fois, Néodémie est traînée dans l’arène. Elle n’a plus affaire à un lion de Numidie ; elle va être frappée par un gladiateur, qui, au son de sa voix, tressaille, et qui, après avoir jeté les yeux sur le cou de la victime, s’écrie : J’ai retrouvé ma fille ! Ici nous pouvons renvoyer le lecteur à la tragédie de M. Soumet, au Gladiateur. L’auteur de la Divine Epopée a emprunté le sujet de son drame à M. Guiraud. Pour soustraire sa fille aux fureurs de la multitude, la gladiateur l’immole lui-même dans la prison. Flavien n’a plus d’autre pensée que de se faire chrétien, et part pour la Thébaïde ; il y passe deux ans sous la direction silencieuse de saint Antoine, et il y a retrouve, sous le nom de Pyrithion, ce frère qu’il croyait avoir tué dans la scène d’orgie du palais d’Héliogabale ; c’est ce frère qui le baptise. Le désert devient le rendez-vous général de tous les personnages du roman. Faustine prend aussi le parti d’aller se jeter aux pieds de quelque saint anachorète, et elle s’adresse à ce même Pyrithion qui autrefois dans la nuit… Le saint homme est tout troublé de cette apparition, il ne juge pas à propos de se faire connaître, et il envoie Faustine en pénitence de l’autre côté du Nil, dans un autre désert peuplé de filles chrétiennes. Nous touchons enfin au dénouement. Un jour Pyrithion voit apparaître dans le désert un homme d’un aspect effrayant ; c’est le gladiateur. Il brandit un glaive souillé de sang ; il a vengé sa fille, sur qui ? Sur le fils de Faustine, sur le jeune Gordien, qu’il a immolé à Nisible, au milieu d’une sédition. Pyrithion offre de lui