Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/456

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besoin d’être éclaircies par de nouvelles recherches. Nous connaissons mieux le point d’arrivée, c’est-à-dire l’Afrique septentrionale. Là est l’Atlas, qui s’oppose à l’arrivée des caravanes sur la côte de la Méditerranée, et cependant, comme cette côte est le but final du commerce, il s’ensuit que les caravanes quoique restant en-deçà de l’Atlas, cherchent pour leur point d’arrivée les endroits où l’Atlas est, pour ainsi dire, le moins épais. Or, l’Atlas est moins épais à l’est et à l’ouest qu’au nord du côté de Tunis et surtout de Tripoli, que du côté d’Alger et d’Oran.

L’Atlas, à l’est, paraît finir au fond du golfe de la grande Syrte. Là, le sol s’abaisse au niveau du désert, sans qu’aucune colline intermédiaire lie l’Atlas au plateau de Barca, qui s’élève isolé entre la Marmorique, le Sahara et la Méditerranée. On pourrait même croire que de ce côté l’Atlas, renonçant à l’Afrique, a tourné au nord pour aller, par le cap Bon et la Sicile, rejoindre les montagnes de l’Italie, de même que le plateau de Barca semble aussi un dernier anneau de la chaîne européenne de montagnes qui descendent de la Grèce vers le sud par le plateau de la Morée et l’île de Cerigo : nouveau témoignage des liens qui rattachent à l’Europe l’Afrique septentrionale. Quoi qu’il en soit, c’est vers l’est, c’est vers ce point, où l’Atlas finit au fond du golfe de la grande Syrte et où la Méditerranée touche au désert, c’est là que les caravanes de l’Afrique méridionale se sont de tout temps dirigées de préférence. C’est aussi vers ce point, chose remarquable, que le Fezzan ou le Biledulgerid forme comme une oasis continue lui s’avance du nord au sud à travers le désert, ouvre une route où, les intervalles entre les oasis étant moins longs le voyage est moins pénible et moins dangereux.

Au sud-ouest, l’Atlas entre la mer Atlantique et le grand désert a aussi moins d’épaisseur, et de ce côté aussi, le pays de Tafilet s’avale du nord au sud dans le désert, comme fait à l’est le Fezzan, si bien que c’est aux deux extrémités de la chaîne de l’Atlas, en prenant pour son extrémité occidentale le cap Noun, et pour son extrémité orientale le fond du golfe de la grande Syrte, que se trouvent à l’ouest et à l’est les meilleures routes du désert, tandis qu’au milieu de ces deux points, et dans la régence d’Alger, l’Atlas, plus épais que partout ailleurs, offre un accès moins facile au commerce des caravanes. L’amincissement de l’Atlas à l’est, près de la grande Syrte, a fait dans l’antiquité la prospérité de la Cyrénaïque, c’est-à-dire du plateau de Barca et de la Pentapole. L’amincissement de l’Atlas à l’ouest fait encore aujourd’hui le reste de prospérité des ports du Maroc.