Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/465

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merce, à son tour, a ses lois, ses usages et ses mœurs, qui datent de l’origine des temps. Il ne peut se faire que par certaines tribus, que le désert aime et favorise, parce qu’il les a vues naître et qu’elles sont ses enfans. Le désert, dit un proverbe oriental, dévore ceux qu’il ne connaît pas. N’espérez donc pas non plus changer les habitudes du commerce de l’Afrique septentrionale ; n’espérez pas y substituer l’esprit de l’Occident à l’esprit de l’Orient. Étudiez plutôt et respectez les usages de ce commerce antique et presque sacré ; ayez confiance en lui, et il vous donnera l’empire, car c’est lui qui l’a.

Il est une autre condition, une autre loi de l’Afrique, c’est la religion. L’Orient ne croit pas aux pouvoirs purement séculiers ; il n’a foi ni en leur force ni en leur durée. Appuyez-vous donc sans crainte sur l’église ; empruntez-lui quelque chose de son autorité et servez-vous de cet admirable sentiment de respect qu’ont les Arabes pour le culte même qu’ils ne professent pas, mais qu’ils voient professé avec sincérité.

Enfin il est une dernière condition de l’Afrique septentrionale, une dernière loi de sa destinée, et ce n’est pas la moins curieuse. Sa population a toujours été presque européenne. Cette loi s’accomplit encore aujourd’hui sous nos yeux. Ne cherchons pas à nous y opposer ; consentons de bonne grace à voir se former dans l’Algérie une société cosmopolite, car c’est la seule société qui y ait de l’avenir. Ne nous piquons pas de faire d’Alger une ville purement française ; faisons-en une ville européenne. Que l’Algérie, sous nos auspices, touche par les caravanes à l’Afrique intérieure d’où lui viendra la richesse, par sa population à l’Europe d’où lui viendra l’activité ; et, pour servir de contrepoids moral à la richesse et à l’industrie, qui souvent aussi affaiblissent les sociétés, sachons, en Algérie, honorer et pratiquer publiquement la religion, prenant encore de ce côté leçon de l’Orient et de son pieux génie. En un mot, n’essayons pas de changer, sur la foi de notre sagesse d’hier, les vieilles lois du monde africain, les éternelles conditions de sa destinée, et, pour cela, étudions-les patiemment dans les écrit ces anciens et dans les écrits des modernes en les comparant les uns aux autres, surtout quand les écrits des modernes sont des livres pleins de faits curieux et d’idées judicieuses comme l’ouvrage de M. Baude.


SAINT-MARC GIRARDIN.