Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/467

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cour intérieure pavée de marbre. Au centre, une vasque de marbre noir, fruste et détruit en plusieurs parties, reçoit la chute murmurante d’une eau limpide qui gémit. Tout autour, disposées dans les macetas ou jardinières, les roses et les plantes aromatiques étalent leur bouquets odorans, et vous reconnaissez mêlées et confondues les sauvages senteurs de l’aloès et du citronnier. L’obscurité de la rue antique, les balcons énormes qui surplombent, les grilles de fer qui menacent, les étroites meurtrières qui passent pour des fenêtres, voilà pour l’extérieur. Le soleil, qui miroite sur le marbre blanc, l’onde jaillissante qui sollicite le parfum de toutes les fleurs, la splendeur calme et la fraîcheur lumineuse, voilà pour l’intérieur. Nous sommes aux premiers jours de mai ; le toldo, ou pavillon d’étoffe blanche, étendu au-dessus de la cour, amortit la violence de ces rayons, que les plantes et les hommes ne soutiendraient pas impunément. Au fond, par delà cette cour ou ce jardin, une volière dont le treillis de cuivre est brisé en plus d’un endroit ; laisse parvenir à votre oreille le gazouillement des oiseaux. Les orangers poussent en pleine terre aux quatre coins de la cour, et un mélange d’insouciance et de volupté, de négligence et de luxe, règne sur toute la scène. Etes-vous à Fez ou à Chiraz, à Ispahan ou à Delhi ? Non, mais à Séville.

La femme du maître, assise sur des coussins près de la fontaine, rêveuse et inoccupée, écoute le babil de ses servantes qui brodent au tambour à côté d’elle.

Cependant un personnage singulier s’arrête devant la grille et jette les yeux sur ce tableau plus romanesque que les romans : c’est une femme de taille moyenne, brune ou plutôt noire, et dont tous les mouvemens annoncent l’agilité et la vigueur. Sa figure est ovale, ses traits réguliers sont durs et aigus, sa chevelure sans ornement, noire comme l’ébène, retombe en boucles naturelles sur ses épaules, son regard est farouche, pénétrant et rusé ; sa bouche, délicatement dessinée, laisse briller des dents fines et blanches, à faire envie aux plus coquettes et aux plus fières beautés de Naples ou de Paris ; à son col est suspendu un enfant noir comme elle, aux yeux étincelans et dont la physionomie porte déjà les caractères de sa race, malice, ruse et sagacité. De larges anneaux d’or faux sont suspendus à ses oreilles, et des sandales protégent ses pieds. Cette femme, qui se tient droite malgré son fardeau, agite la sonnette, et une voix douce, qui sort de la cour intérieure, répond à ce bruit : Quien es ? Puis la porte s’ouvre doucement et laisse pénétrer la Gitana ; la gypsy, la