Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/476

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attrape, le grand tour, le meilleur des tours, » ce que nos avocats signalent sous le nom de vol à l’américaine. Hocus-pocus ressemble aussi singulièrement à ce même hokkano, venu, dit M. Borrow de jojana, « tromperie, » et joint à l’autre mot gypsy, poquinar, pocinar, pocino, qui signifie « compter de l’argent. » Etymologistes ! aviez-vous rêvé ces grands mystères ? Les juges et les jurés modernes, les avocats gausseurs et éloquens, qui tous les jours examinent de près et dévoilent discrètement, pour l’instruction de la jeunesse studieuse, les diverses nuances du vol, n’ont pas imaginé que l’art d’engager un homme à se duper lui-même descendît en ligne directe du sommet de l’Hymalaya. Ce piège tendu à l’improbité timide par la fraude expérimentée est en effet le roi des tours ; il est beau de forcer l’avarice à se duper elle-même, la cupidité à s’escroquer toute seule, et le désir du vol malhabile à devenir la proie du vol organisé Je ne m’étonne pas de l’admiration sans bornes que M. Borrow a remarquée dans toute la race et parmi les diverses familles des zinkali pour ce hokkano-baro. C’est, disent les femmes zinkali, la fin du métier, la métaphysique la plus subtile de la ruse voleuse, l’excellence, et le dernier raffinement de l’art. Toute kali ou bohémienne bien apprise ne termine pas l’éducation de son fils un autre enseignement. Elle lui dit comment on engage la cupidité d’autrui dans une entreprise fallacieuse qui lui promet un bénéfice, et combien il est facile à l’escroquerie prudente de faire tourner à son profit l’escroquerie niaise. Les mêmes histoires de sommes déposées dans des puits et sous des pierres, de rouleau de papier farcis de cuivre et simulant des rouleaux d’or, de faux trésors cachés dans des ruines, que tous nos journaux nous racontent se retrouvent parmi les gypsies ; M. Borrow les signale dans l’excellente ingénuité de leur finesse. C’est le symbole définitif et la perfection suprême de cet évangile des bandits.

Notre ami M. Borrow a pénétré dans tous ces détails de mœurs relatifs au baji (bonne aventure, au hokkano-baro et à la chalaneria (trafic de chevaux) ; il était admis dans la bonite société gypsie et entretenait surtout des relations fréquentes avec Pepa la sorcière, remarquable par l’élégance de son langage et de ses manières, mais qui « faisait le mouchoir » et dans l’occasion dépouillait le boussné voyageur ; avec Chicharona, sa belle-fille, remarquable par l’embonpoint et la belle humeur ; avec les filles de Pepa, le Sorpion (la Kasdami), active et méchante comme son nom l’indiquait, et la