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pu sans doute l’achever et nous en délivrer. Il n’a pas recherché quelles classes de mots se rapportent, dans ce singulier glossaire, à l’antiquité la plus reculée, ni quels sont ceux qui, d’époque en époque et de migrations en migrations, sont venus y prendre place par gradations et comme par couches successives. Tous les mots nécessaires des gypsies sont hindoustaniques ou plutôt sanskrits. C’est le feu, l’eau, l’huile, le pain, le vin, le ciel, le père, la mère, le fils, l’homme ; ce sont surtout les noms de nombres, pierre de touche infaillible des affinités entre les peuples.


Sanskrit Gypsy espagnol Gypsy hongrois Persan Latin Allemand
Ega Dvaya Tréya Tschatvar Pantscha Schasda
Yeque Dui Trin Estar Pansche Job, Zoy
Iek Dui Trin Schtar Pansch Tschov
Ek Du Je Chehar Pansch Schesche
Unus Duo Tres Quatuor Quinque Sex
Ein Zwey Drei Vier Sechs

Il est évident que la forme zinkali se rapproche infiniment plus de la forme sanskrite et persane que de la forme latine et allemande. Ces racines sanskrites primitives se sont alliées à des racines slaves, grecques et persanes, en moins grand nombre il est vrai, et ont composé l’étrange langage dont M. Borrow a donné le dictionnaire fort abrégé. Chaque nation y a laissé sa trace ; on y retrouve le kral ou « roi » des slaves, le mot ou « vin » des Persans, le tolopaïdo ou « fou » des Grecs modernes. Mais, ce qui est plus étrange, c’est que les glossaires des peuples civilisés ont fait aux zinkali quelques emprunts ignorés.

Ainsi les philologues anglais se sont donné beaucoup de mal pour deviner l’étymologie du mot hoax, « mystification, attrape, escamotage, » et celle de l’expression vulgaire hocus-pocus, que le patois moderne de nos faubourgs rendrait trop bien par un mot ignoble blague. Il est probable que les zinkali, ou voleurs indiens, depuis long-temps acclimatés en Angleterre, et dont le poète Crabbe trace un si piquant tableau, sont les pères véritables de ces deux vocables hocus et houx, l’un et l’autre si cruels aux commentateurs et aux auteurs de dictionnaires anglais. Le hoax se rapproche excessivement du hokkano, mot consacré par des gypsies pour indiquer une mystification habile. Par hokkano-baro, ils entendent « la grande