Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/498

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découvert par les Hollandais, et de leur pleine autorité en interdisaient l’approche à tout navire étranger. Il en coûta cher aux pauvres Hollandais de vouloir retourner avec des instrumens de pêche dans les parages signalés aux géographes par leur illustre compatriote Barentz. Ils eurent pendant cinq ans une rude guerre à soutenir contre leurs puissans rivaux, une guerre de piraterie et d’extermination. Comme si les dangers terribles auxquels on s’exposait en s’aventurant dans ces contrées orageuses n’étaient pas encore assez nombreux, la cupidité amena le sabre et le canon. Les bâtimens pêcheurs ne marchaient qu’avec une forte escorte d’hommes armés ; dès qu’ils venaient à rencontrer ceux des Anglais, les canonniers couraient à leurs pièces, et des hommes s’égorgeaient dans ces affreux déserts pour la possession d’un banc de glace, comme on s’égorgeait ailleurs pour la conquête d’une province.

Les Hollandais eurent enfin un renfort. Les armateurs de Brême, de Hambourg, de Danemark, envoyèrent des bâtimens à la pêche du Spitzberg ; les Basques y vinrent aussi avec toute l’assurance que leur donnaient leur nature de marin et leur expérience des mers glaciales. Les Anglais, voyant qu’ils ne pourraient chasser tous ces adversaires, se décidèrent à faire le partage des vastes régions qu’ils auraient voulu conserver pour eux seuls. Ils choisirent au sud les baies les plus larges et les plus commodes, et laissèrent leurs concurrens prendre à l’amiable possession du reste.

Dès ce moment, la guerre cessa entre les pêcheurs des différentes nations, mais alors elle éclata au sein même de la Hollande. Une compagnie d’armateurs d’Amsterdam avait obtenu des états-généraux le privilège exclusif de la pêche au Spitzberg, au Groënland et à l’île Jean Mayen, découverte en 1611 par un Hollandais. Le privilège accordé en 1614 fut renouvelé en 1617. Les négocians de la province de Zélande réclamèrent contre ce monopole. Ceux de la Frise, s’appuyant sur une décision des états de leur province, voulurent enfreindre l’ordonnance des états-généraux. De là, des altercations violentes, des rencontres à main armée, et une hostilité permanente qui ne se termina qu’en 1636 par la fondation légale de trois compagnies ayant le même règlement et les mêmes privilèges.

Je ne sache rien qui montre aussi vivement jusqu’où peut aller l’amour du gain chez une nation toute commerçante, que l’âpreté avec laquelle les négocians de Hollande se disputaient le privilège d’envoyer chaque année quelques milliers d’hommes affronter la mort pour une chance de bénéfice souvent très incertaine. Dans les