Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/502

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établirent à Smeerenburg, dans une des baies les plus septentrionales du Spitzberg, des fourneaux, des magasins. Dès-lors les navires purent se dispenser de rapporter dans leur pays, comme ils le faisaient auparavant les quartiers de baleine, ce qui formait un chargement fort lourd et en partie sans valeur. On dépeça la baleine sur la côte, on en fit fondre la graisse dans les ateliers et l’on n’en rapporta plus que des barils d’huile et des fanons, ce qui rendait la cargaison d’un bâtiment bien plus précieuse. Bientôt, autour des ateliers et des magasins de Smeerenburg, on vit s’élever des cabarets et des boutiques. La plage la plus sauvage du monde retentit de chants joyeux ; les bancs de glace se couvrirent d’habitations. Chaque printemps, il arrivait là une flotte nombreuse, suivie, comme une armée de terre, de ses vivandières, c’est-à-dire d’une foule de canots portant de l’eau-de-vie, du vin et du tabac. Il y avait des boulangeries où les matelots, après avoir mâché pendant plusieurs mois le dur biscuit de mer, allaient avec joie goûter la saveur du pain frais, et des tavernes où ils s’asseyaient pour boire leur genièvre et fumer mollement leur pipe, comme s’ils avaient été dans leur pays de Hollande. Tout l’été, il y avait là un prodigieux mouvement d’hommes et de navires, les uns arrivant, d’autres mettant à la voile pour partit, ceux-ci étalant sur le sable leur riche pêche, ceux-là embarquant leurs barils d’huile. A peu près dans le même temps, les Hollandais prenaient définitivement possession du sud, et la colonie du nord et celle des Indes occupaient presque également l’attention de la mère-patrie.

Non contens des prises qu’ils avaient faites, les Hollandais eurent l’idée de laisser chaque automne, dans leurs établissemens septentrionaux, un certain nombre de marins qui pourraient continuer la pêche jusqu’à ce que toute la mer fût couverte de glace, et la reprendre dès les premiers jours du printemps. Mais le sort funeste de sept matelots qui eurent la hardiesse de tenter cette redoutable entreprise, découragea à jamais ceux qui auraient pu avoir la même témérité. Ces sept matelots, abandonnés en 1634, avec des provisions et des armes, dans l’île de Saint-Maurice, furent trouvés au printemps suivant morts tous les sept dans leurs cabanes, ave des cadavres de chiens à demi rongés à leurs pieds. Ils avaient entrepris d’écrire jour par jour tout ce qui leur arrivait, mais ils ne purent faire ce travail que pendant quelques mois. Trois de ces malheureux avaient déjà succombé à leurs souffrances, lorsque l’un de ceux qui restaient traça ces dernières lignes :