Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/507

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que pouvons-nous faire ? Parcourir l’Afrique de l’émir dans tous les sens, détruire tous les établissemens qu’il avait essayé de faire, le contraindre, lui qui avait la prétention de s’asseoir en chef civilisé, à la vie errante d’un nomade ; en un mot, faire comprendre aux Arabes que nous pouvons, si bon nous semble, pénétrer partout, tout détruire, tout exterminer, que notre colère est terrible, que nul ne saurait y échapper. C’est là, en effet, il faut le reconnaître, la seule guerre possible en Afrique aujourd’hui.

Dès-lors nos expéditions ne peuvent maintenant atteindre qu’un but, celui d’éloigner de nos lignes les Arabes effrayés : but utile, si l’œuvre ne reste pas imparfaite ; inutile, si tout se bornait pour nous en Afrique à des excursions militaires. L’œuvre ne sera parfaite que lorsque, entre la mer et les pays laissés aux Arabes, il y aura, sous notre domination, une ceinture de colonies européennes, une population de cultivateurs, de propriétaires, qui, soutenus par nos garnisons, appuyés à nos forts, protégés, s’il le faut, par une grande muraille (nous ne voulons pas décider ici du moyen), pourront à la fois cultiver le sol et contribuer à le défendre.

Si nous ne pouvions, ou ne savions pas établir sur le premier plan de l’Algérie une Afrique européenne, française, rien ne serait fait, rien ne pourrait se faire dans ce pays-là. Tout ce qu’il nous a coûté, tout ce qu’il nous coûtera en hommes et en argent, serait perdu. Le moment est venu de prendre un parti sérieux, raisonné, et de mettre fin à ces tâtonnemens qui étonnent l’Europe et provoquent les sarcasmes de nos ennemis. Les Arabes sont frappés de terreur. Profitons-en pour encourager la migration européenne et pour prouver au monde que nous voulons prendre racine dans le pays.

Ces considérations nous rappellent, par une association d’idées trop naturelle, les propositions que l’Angleterre vient de faire au gouvernement espagnol. Elle lui offre 60,000 liv. sterl. pour prix des deux îles de Fernando-Po et d’Annobon, que l’Espagne possède dans le golfe de Guinée. Probablement la proposition sera bientôt soumise aux cortès. C’est ainsi que l’Angleterre n’hésite pas, malgré les difficultés de son budget, à proposer un marché qui rendra nécessaires, s’il est accepté, d’autres dépenses considérables. L’Angleterre sait qu’un grand état ne doit pas apporter dans ses calculs toute la timidité d’un particulier. Les états ne meurent pas, et les années de la vie privée ne sont pour eux que des jours. Dans certaines limites, ils peuvent sans crainte charger l’avenir, lorsque c’est pour des entreprises dont l’avenir surtout doit profiter.

L’Angleterre ne s’arrête pas dans ses vastes projets d’agrandissement, d’exploitation et de commerce. Ce qu’elle veut, ce sont des marchés partout, des marchés couverts de consommateurs, des marchés où l’industrie anglaise n’ait pas à redouter de concurrence. Dans les cinq parties du monde, rien n’échappe à son attention, à ses efforts, à son audace, à son admirable persévérance ;

Je ne sais quel philantrope a voulu démontrer au gouvernement anglais que la possession de ces deux îles donnerait les moyens de répandre les bienfaits