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ports généraux qui existent entre Dieu et nous : Dieu le père, Jésus-Christ homme et Dieu, et l’homme : aux trois personnes nécessaires de la société politique : le pouvoir, le ministre et le sujet ; à celles de la société domestique : le père, la mère et l’enfant ; à la nature même et à la vie de l’homme : la volonté, le mouvement des organes, l’action produite. On pourrait poursuivre long-temps avec M. de Bonald ces analogies qui expliquent, dit-il, le respect des anciens pour le nombre trois, et qu’il conduit jusqu’à la fameuse trinité des pronoms personnels : « Toute langue à je, tu, il. » On pourrait aussi, si cela en valait la peine, contester cette proportion géométrique, et cette nécessité d’un milieu que les exemples choisis ne justifient pas parfaitement. Ainsi, pour ne pas aborder la redoutable question de la trinité divine, mêlée fort mal à propos par un certain nombre d’écrivains à leurs rêveries philosophiques, s’il est très conforme à la foi catholique de dire que Jésus-Christ est un médiateur entre le ciel et nous, n’est-ce pas la choquer évidemment, et avec elle le sens commun, que de faire de Jésus-Christ un moyen géométrique entre Dieu et l’homme ? Le moyen géométrique entre Dieu et l’homme, si une pareille absurdité était possible, ce serait un dem-dieu, et non Jésus-Christ qui est tout-à-fait Dieu et tout-à-fait homme. M. De Bonald n’a pas mieux réussi dans l’exemple tiré de la famille, et il est curieux de voir comment il le développe. « Dans la conservation ou instruction de l’homme, comme dans sa reproduction, dit-il, le père est fort ou actif, l’enfant passif ou faible ; la mère, moyen terme entre les deux extrêmes de cette proportion continue, passive pour concevoir, active pour produire, reçoit pour transmettre, apprend pour instruire, et obéit pour commander… L’homme doué de connaissance n’est père qu’avec volonté ; la femme, même avec connaissance, peut devenir mère contre sa volonté ; l’enfant n’a ni la volonté de naître, ni la connaissance qu’il naît [1]. » On trouvera une réfutation sans réplique de cette grande théorie de la cause, du moyen et de l’effet, dans l’excellent article que M. Damiron a publié dans le Globe sur M. de Bonald. Au fond, des propositions si générales ne peuvent jamais avoir une véritable importance philosophique, et, à force de tout embrasser, elles n’apprennent rien sur aucun objet. Ce qui fait tout le mérite de cette théorie aux yeux de l’inventeur, c’est qu’elle lui sert en politique à établir philosophiquement la né-

  1. Le Divorce, pag. 71.