Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/525

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protestant, l’autre protestant converti, qui avait eu long-temps à se plaindre de la cour de Rome, Leibnitz et Henri IV. Il aurait été bien d’ajouter, quand à Leibnitz, qu’il a émis cette opinion, au moins singulière pour un protestant, dans un écrit de circonstance qu’il composa à l’âge de dix-huit ans. « Dans la constitution de Pologne, ajoute M. de Bonald, l’archevêque de Gnesne prenait à la mort du roi les rênes de l’état et gouvernait pendant l’interrègne ; institution sublime, qui mettait la nation sous la garde du pouvoir général de la chrétienté lorsque son pouvoir particulier était suspendu, ainsi que, dans une famille, le pouvoir domestique, à la mort du père, retourne à l’aïeul. »

On ne peut pas établir d’une façon plus formelle l’institution divine du pouvoir et la légitimité du droit divin. Il n’y a rien là qui ressemble à ce « prétendu pacte social dont les sophistes font tant de bruit. » M. de Bonald attribue formellement la révolution à la doctrine des droits de l’homme et au dogme impie et insensé de la souveraineté du peuple. Les peuples sont faits pour être gouvernés, et les rois pour régner ; et tout pouvoir vient de Dieu. C’est d’après ce principe qu’il se plaint amèrement à diverses reprises qu’on ait séparé les lois civiles des lois religieuses, l’ordre particulier de l’ordre général, l’homme enfin de la Divinité ; c’est encore d’après ce principe qu’il demandait la consécration d’une religion de l’état et une loi du sacrilège ; c’est pour cela qu’il reprochait au Code civil de ne pas contenir un cours de religion et de morale, et qu’il réclamait à grands cris une dotation territoriale pour le clergé. « Les prêtres doivent être propriétaires dans le sol, disait-il. Ils ne doivent pas être réduits à l’état précaise et avilissant de mercenaires. » On se tromperait cependant si l’on croyait que dans sa pensée le clergé devait avoir dans l’état une influence prépondérante. A part cette suprématie du saint-siège qu’il regardait comme le seul véritable droit international, il comprenait parfaitement la distinction du spirituel et du temporel : il voulait que le clergé fût le corps le plus respecté, que l’état reconnût hautement la religion comme la source de tout pouvoir ; mais, dans la pratique, la séparation lui paraissait nécessaire, même au point de vue de la dignité du clergé et de la considération personnelle de ses membres. « Le ministère politique, disait-il, doit être distinct du ministère religieux, comme dans l’homme l’action est distinguée de la volonté. Il est également contre la nature de la société que l’évêque soit chef politique comme en Allemagne, ou que le chef politique soit revêtu de la suprématie religieuse, comme en Angleterre. »

Placée par la main de Dieu sous l’autorité du pouvoir, la société