Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/527

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la volonté générale est pour Jean-Jacques et pour tout le monde la volonté générale, tandis qu’elle est pour M. de Bonald « la volonté du plus général de tous les êtres, c’est-à-dire la volonté de Dieu, manifestée par la religion, » et appliquée au besoin du corps politique par le chef qui représente Dieu dans l’état et tient de lui ses pouvoirs. La volonté du roi substituée à toutes les autres, voilà l’unité que M. de Bonald préfère à l’unité philosophique qui résulte de l’harmonie, « à ces vains systèmes de pouvoirs qui se combattent, de forces qui se pondèrent, de devoirs qui se discutent ; à ces doctrines insensées qui font de la société un ballon aérostatique, balancé dans les airs, porté sur le feu, poussé par le vent, où les peuples sont appendus et flottans dans la région des brouillards et des tempêtes. » Il n’est personne à qui ce ballon aérostatique ne rappelle involontairement Chevillard et spirituel cavalier, qui aveuglé par son unique folie, prend pour des orages et des tempêtes un peu d’étoupe brûlée.

Quand trois forces sollicitent un même corps, M. de Bonald ne veut pas qu’on puisse en composer une force unique, plus puissante que chacun des élémens dont elle est formée ; il s’obstine à anéantir deux forces pour ne laisser subsister que la troisième, et c’est ainsi qu’il comprend l’unité. Mais si l’unité, qui est organisation et équilibre, s’établit par l’harmonie, cette unité plus simple à M. de Bonald, qui consiste à supprimer et à anéantir, demande des moyens plus énergiques. C’est ce que M. de Bonald a parfaitement compris. L’abolition du jury, la peine de mort, la censure, l’éducation refusée au peuple, celle des classes élevées mise dans la main de l’état, et dirigée dans le sens de ses principes, tels sont ses moyens, et il faut convenir qu’ils sont bien choisis. Tantôt il proclame qu’il n’y a pas d’homme éclairé en Europe qui ne regarde l’institution du jury, en matière criminelle, comme une institution de l’enfance de la société, et qui ne convient pas plus aux progrès de la corruption de l’homme qu’aux progrès de sa raison. Ailleurs, la peine de mort est défendue par ce motif, que c’est après tout le moyen le plus sûr, et que « la société étant un être nécessaire, elle ne peut employer pour se conserver que des moyens infaillibles. » Quant à la censure, non-seulement M. de Bonald présida sous Charles X une commission de censure, mais en 1817, en 1819, et en 1822, il ne cessa de combattre à la chambre la liberté de la presse : « C’est un impôt sur ceux qui lisent, disait-il ; aussi n’est-elle réclamée que par ceux qui écrivent. » Il s’était d’abord opposé à la censure préalable ; mais un de