Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/536

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phoses d’Ovide, au temps que les bêtes parlaient. « Toutes ces facultés intellectuelle qui remplissent mes étables, peuplent mes basses-cours, rôdent dans mes greniers ; toutes ces intelligences que j’attache à un char, que j’attèle à une charrue, à qui je mets un bât sur le dos et un frein dans la bouche, ne me paraissent plus qu’une insolente et ridicule parodie de l’homme, et une coupable dérision de ses plus nobles prérogatives. Il attaque aussi la psychologie, comme c’est son devoir d’adversaire de la philosophie et de la liberté. Pour lui, du moins, il ne prend pas le change sur ses intérêts véritables, et ne combat jamais par méprise sous le drapeau de ses adversaires. Les psychologues ne font, suivant lui, que frapper sur le marteau ; ils étudient les outils sans les employer ; il vaut mieux sans doute les employer sans les connaître. Narcisses d’une nouvelle espèce, ils étudient l’intelligence avec l’intelligence ; ne pouvant pas l’étudier avec autre chose, M. de Bonald s’est dispensé tout-à-fait de cette étude, et c’est pourquoi il a tant calomnié, poursuivi notre pauvre raison humaine. En revanche il est tout disposé à admettre l’éclectisme, ou plutôt il l’admet en propres termes, et ce doit être un grand sujet de surprise pour nos érudits philosophes qui ne sont pas encore parvenus à distinguer la méthode psychologique de la méthode éclectique. « L’erreur sépare et la vérité réunit. — La vérité consiste à embrasser tous les rapports. — Tout système est un voyage au pays de la vérité ; presque tous les voyageurs se trompent, mais tous découvrent quelque chose, et l’humanité en fait son profit. — Une pensée est toujours vraie ; mais elle est souvent incomplète, et l’erreur n’est que défaut de pensée. » Quant à la célèbre définition de l’homme, intelligence servie par des organes, outre qu’elle a, comme la substance pensante de Descartes, le défaut d’omettre tout simplement l’activité et la liberté, on ne saurait trop s’étonner de l’enthousiasme qu’elle a inspiré aux amis de l’auteur, et, puisqu’il faut le dire, à l’auteur lui-même. II en convient fort naïvement, « si toutefois, ajoute-t-il, il est permis de rendre témoignage à la vérité de ses propres découvertes. » M. de Bonald s’exagère beaucoup la valeur d’une bonne définition, qui n’est pas autre chose qu’un mot heureux. S’il avait le premier découvert que nous sommes une intelligence, et que nous nous servons d’organes, à la bonne heure. Il oublie d’ailleurs le Ier Alcibiade de Platon, et tant d’autres qui ont découvert sa définition avant lui ; elle se trouve textuellement dans Plotin. Mais quoi ! ce n’est là qu’une peccadille. Quelques autres petites erreurs sur l’histoire de la philosophie, quelques pensées détachées qui sont justes ou