Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/553

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Macbeth celle du Marchand de Venise et de Roméro en collaboration ave M. Alfred de Vigny, travaux généreux auxquels on se livrait d’enthousiasme et qu’on aimait tant lire dans ces soirées de la rue de la Ville-l’Evêque, où des ministres de Charles X sollicitaient la faveur d’être admis ; alors, dans des entretiens véhémens, tumultueux, intarissables, jaillissaient, comme autant d’étincelles électriques, toutes ces opinions toutes ces théories qui devaient se formuler dans la préface des Etudes. La révolution de juillet, qui emporta tant de choses n’épargna pas les vers, comme on le pense bien ; la Muse eut le sort des rois, et les poèmes furent balayés pêle-mêle avec les fleurs de lis ; devant cette grande voix de la politique, les contestations littéraires durent cesser, et les poètes rentrèrent dans l’ombre, livrant la place aux doctrinaires, ces romantiques d’une autre espèce, sortis du Globe eux aussi. Depuis on n’entendit guère plus parler de M. Emile Deschamps, non que l’ingénieux diseur eût perdu sa verven non que les mille pointes de son esprit fussent émoussées : l’attention se portait ailleurs désormais, attirée soit par la politique envahissante, soit même, à certains loisirs, par les efforts d’une génération plus sérieuse. En outre, il faut convenir que les production qu’a fournies depuis 1830 le génie de M. Emile Deschamps, opéras, cantates, bouts-rimés, contes moraux à l’usage du Journal des Jeunes personnes, n’étaient guère de nature à piquer la curiosité de ceux-là même dont les Etudes avaient pu émouvoir les sympathies. L’activité proverbiale de M. Emile Deschamps ne s’est pas ralentie ; elle a rétréci son cercle, voilà tout ; et, si la critique se montrait par trop dédaigneuse à l’endroit des productions nouvelles de l’auteur des Etudes, M. Emile Deschamps, de son côté, pourrait fort bien répondre à la critique : Ces petites œuvres dont vous parlez du bout des lèvres, ces bouts-rimés et ces cantates, ont leur public, public d’élite s’il en fut, qui les admire, et cela me suffit. Heureuse organisation ! Depuis dix ans, M. Emile Deschamps n’a pas cessé un seul jour de vivre en pleine Muse française, de tenir bureau d’esprit ouvert du matin au soir à toutes les muses novices, à toutes les inspirations adolescentes. Les traditions d’une bienveillance ineffable attirent à lui les jeunes poètes par troupeaux ; sa maison est devenue le centre d’une certaine poésie légère que tout le monde comprend, que tout le monde fait, et qu’on aime à trouver dans un boudoir comme une laque de choix ou quelque porcelaine du Japon. Pas un prince russe, moldave ou valaque, n’oserait bégayer une strophe dans la langue de Racine, sans la soumettre d’avance au jugement du spi-