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sophe italien. Quoi qu’il en soit, et malgré cet isolement littéraire, les Dernières Paroles renferment des beautés d’un ordre élevé, de graves passages qu’on peut admirer même en dehors des conditions de l’art qui leur manquent.

La troisième partie du volume, que l’auteur intitule Résignation n’est guère qu’un appendice aux Dernières Paroles. Le poète, après avoir gémi sur son malheur, après s’être oublié quelques jours dans la contemplation de ses propres misères, se réveille, et, secouant les cendres de ses cheveux, remonte en chaire et se met de nouveau à tancer vertement l’espèce humaine. C’est sous la forme d’apologues, de paraboles et de symboles, que M. Antoni Deschamps distribue cette fois ses moralités. Vous retrouvez là par exemple, la fameuse légende de ce juif du moyen âge qui se procure une hostie et s’enferme chez lui pour se donner le malin plaisir de la déchiqueter ; mais, ô miracle ! À l’instant où,

Prenant un marteau dans son ivresse impie,
D’un clou sur la muraille il traversa l’hostie,
Le sang à gros bouillons en jaillit à l’instant,
Et la chambre s’emplit et regorgea de sang.

D’où l’auteur conclut, un peu à la manière du catéchisme, que nous rouvrons la plaie du Christ chaque fois qu’il nous arrive de pécher. J’aime mieux l’apologue du moribond de Castel-Vecchio, de ce cardinal diplmate dont un pauvre curé de campagne assiste et confesse l’agonie. Il y a dans ce rapprochement un grave et noble exemple que le poète développe en très beaux vers. C’est là au moins de la poésie sérieuse, de la poésie philosophique, si M. Antoni Deschamps tient au mot, et qui laisse bien loin toutes ces visions apocalyptiques dont il raffole. M. Antoni Deschamps a cela de commun avec certaines hautes intelligences de notre siècle, qu’il se sent dans l’âme un besoin indicible de nous révéler quelque chose. La fièvre du visionnaire le travaille ; à toute heure du jour et de la nuit, la Divinité lui apparaît : tantôt c’est Jésus-Christ qui descend des collines du ciel pour lui apprendre ce que tout le monde ignore, à savoir que l’Evangile est une loi d’amour et Vincent de Paule un sublime apôtre de vertu ; tantôt c’est Dieu lui-même, qui, tout en lui dévoilant les mystères de la destination ultérieure, en racontant les différentes béatitudes du paradis, s’excuse nettement, et comme un excellent père de famille, des mauvais desseins qu’on lui prête :

Moi, cruel à mon œuvre, aux hommes que j’ai faits !
Enfans, je ne connais Mahomet ni Moïse.