Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/663

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tion : ils ont à cœur l’indépendance et la dignité de leur pays. Ils peuvent se tromper sur les questions de régime intérieur ; ils ne se laisseront pas éblouir par les vaines promesses de l’étranger.

D’un autre côté, les protestations de la reine Christine ont évidemment ébranlé beaucoup de confiances timorées. Elle a été reine, elle est mère ; elle a gouverné l’Espagne constitutionnelle avec une parfaite loyauté et beaucoup d’habileté ; si elle n’a pu faire beaucoup de bien, elle n’a fait de mal à personne ; elle n’a pu laisser derrière elle ni haines, ni ressentimens. Ne pouvant subir la loi d’un parti extrême à la tête duquel venait de se placer le chef de l’armée, le premier défenseur de la monarchie et des institutions de l’Espagne, elle s’est retirée. Ce grand sacrifice, si noblement accompli, a sans doute remué plus d’un cœur en Espagne. Espartero le sait. De là ses méfiances et ses craintes. De là les mesures qu’il vient de prendre et qui ne tarderont pas à être suivies de mesures encore plus acerbes.

Il a dissous et réorganisé sur une très petite échelle la garde royale. La mesure pouvait être bonne en soi ; mais, exécutée dans ce moment, elle sera regardée comme un acte de méfiance. Loin de diminuer le nombre des ennemis d’Espartero, il est à craindre pour lui qu’elle ne fournisse au partie modéré des élémens pour la formation d’une armée, élémens qui pourraient devenir redoutables si le parti modéré trouvait un jour en lui-même ( ce qui, à vrai dire, n’est guère probable) quelque peu d’énergie et de résolution, et si les carlistes (chose moins probable encore) comprenaient une fois qu’ils usent leur vie, leur bravoure, leurs moyens pour une chimère, et que la monarchie constitutionnelle est désormais la seule possible en Espagne.

Au surplus, loin de nous la pensée de conseiller à qui que ce soit le renversement à main armée du gouvernement d’Espartero. La guerre civile n’a que trop désolé la Péninsule. Le gouvernement établi est désormais un gouvernement régulier ; les puissances qui ne rêvent pas le rétablissement de don Carlos, ont reconnu la nouvelle régence et traitent avec elle ; les lois trouvent dans le pays toute l’obéissance qu’on peut attendre d’un peuple que les discordes civiles agitent et déchirent depuis trente ans ; l’armée est fidèle ; tout commande de laisser les choses à leur cours naturel ; rien dans ce moment ne légitimerait une attaque violente. La loi sur la tutelle, quoi qu’on en pense, n’est pas un de ces attentats à la loi fondamentale et aux libertés publiques qui justifient le recours à la force.

Si les ennemis d’Espartero veulent le renverser, les voies légales leur sont ouvertes. C’est en Espagne qu’il faut agir, sur l’opinion publique, dans les collèges électoraux, au sein des cortès. C’est la gloire du système constitutionnel que la possibilité qu’il donne aux partis d’obtenir ou de reconquérir le pouvoir par les moyens légaux. Les partis qui abusent du pouvoir le perdent précisément le jour où ils pensent le tenir d’une main ferme et pour long-temps encore.

Ces vicissitudes politiques reparaissent bien souvent dans les annales par-