Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/665

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Rome, les embarras financiers, les querelle de douanes, le mécontentement des ouvriers, la mauvaise humeur des provinces basques, on est forcé de reconnaître que la situation du gouvernement espagnol est des plus difficiles, et qu’Espartero s’est chargé d’un fardeau trop lourd peut-être pour ses épaules.

L’affaire de Mac-Leod aux États-Unis est loin d’être terminée. Nous ignorons quelle foi on peut ajouter au bruit répandu par je ne sais quel journal américain, d’une invasion à main armée de quatre cents Canadiens pour délivrer leur compatriote. Mais en supposant, ce qui est probable, que ce bruit n’ait aucun fondement, la question n’est pas moins grave, ni la situation des deux gouvernemens moins difficile. La condamnation et l’exécution de MacLeod serait une insulte sanglante à l’Angleterre : le jugement, fût-il acquitté est déjà un fait auquel tout gouvernement qui se respecte ne se résigne pas sans humeur. Après la déclaration formelle du gouvernement anglais, quel sens peut avoir le jugement d’un pareil procès ? On ne peut y voir qu’une violation du droit des gens ou un démenti ; c’est dire à l’Angleterre : Bien qu’il ait agi en votre nom et par vos ordres, nous voulons le juger ; ou bien c’est proclamer que la déclaration du gouvernement anglais n’est qu’un mensonge ayant pour but de soustraire un accusé à la justice.

Quoi qu’il en soit, il ne peut y avoir dans ce moment aucune crainte sérieuse d’une guerre entre les deux pays. Ils sont l’un et l’autre hors d’état d’y songer. L’Amérique n’a ni flottes, ni armées, ni fortifications, ni envie d’augmenter ses embarras pécuniaires par de grandes dépenses. L’Angleterre est dans une situation politique encore plus compliquée. D’ailleurs, elle ne commencerait pas une lutte sanglante en Amérique au moment où des évènemens de la plus haute gravité pourraient éclater d’un instant à l’autre en Orient.

L’arrivée du jeune prince égyptien à Constantinople est un fait de quelque importance. Si le sultan comprend ses vrais intérêts, il cherchera dans une liaison intime avec la famille de Méhémet-Ali le seul principe de vie qui puisse rendre quelque force à son empire et le soustraire à une tutelle européenne qui l’abaisse, le déshonore et lui prépare le sort de la Pologne. Il est deux points capitaux à considérer par le sultan, son union avec Méhémet-Ali et une transaction sincère, satisfaisante et spontanée avec les populations chrétiennes de l’empire. Ce serait là le moyen d’acquérir de la force et d’écarter une cause incessante d’affaiblissement et de danger. Sans doute il n’y aura jamais fusion entre les populations chrétiennes et les populations mahométanes, sans doute encore il est dans les décrets de la Providence que le croissant s’éloigne un jour de Europe ; mais ne peut assigner l’époque de ces grands évènemens, et, s’il est donné aux hommes de les retarder, ils ne le peuvent qu’en atténuant les caisses qui les réparent. Si le gouvernement turc osait donner à ses peuples l’exemple de la tolérance, et si, de concert avec Méhémet-Ali, il savait accorder aux populations chrétiennes une protection